‹ Chansons populaires des provinces de FranceChapitre 89 sur 124 · RONDE DES F I I, I. E S DE QU IMPERLÉ · texte numérisé non relu

RONDE DES F I I, I. E S DE QU IMPERLÉ

Tout homme Iraitanl de la poésie populaire qui ne mettrait pas M. de la Villemarqué r n première ligne , serait un ingrat , car le savant Breton a donné en France la méthode la plus satisfaisante pour recueillir ces sortes de chansons.

Abordant la Bretagne, une province féconde en poésie, je devais naturellement parler de l'homme qui a joué en France un rôle analogue à celui des frères Grimm en Allemagne, parcourant toute la Bretagne , amassant des matériaux , interrogeant les paysans , écoutant les enfants dans leurs jeux, notant une ballade qui va mourir dans le gosier d'une vieille femme contrôlant les différentes versions, air et musique, et donnant enfin deux volumes auxquels la popularité n'a pas manqué.

La tâche est plus facile aujourd'hui; la mode est aux chansons populaires, et chacun apporte sa pierre. M. de la Villemarqué élevait à lui seul un monument.

Le premier en France il a compris quels trésors de poésie étaient cachés sous l'écorcc un peu rude d'un patois grossier. Il est vrai qu'il était d'un pays où la chanson populaire, attachée an sol par de profondes racines, n'avait jamais quitté l'esprit d'un peuple fidèle à ses traditions, à son costume et à ses mœurs.

Il était temps d'ailleurs.

Je n'aurai pas une grande frayeur de voir sur les rails, à peu de distance de la machine à vapeur, un énorme bloc de pierre. La machine arrive avec sa brutale impétuosité, coupe l'énorme pierre en deux et continue son chemin sans le moindre dérangement; mais les usages, les coutumes, les mœurs, les costumes, voilà ce que le chemin de fer détruit aussi complètement que la pierre posée par des fous sur les rails.

La légende des Quatre Jils Aymon est remplacée par les Mousquetaires de AI. Dumas, et la Bibliothèque bleue supprimée au profit du Journal pour tous, qui certainement ne la vaut pas. Ceux qui veulent voir la Bretagne n'ont qu'à se hâter : demain il serait trop tard. Ft les paysans perdront peut-être plus vite la mémoire de leurs traditions que les gens des grandes villes.

A Paris il se trouvera assez d'esprits intelligents pour acheter cinq éditions des poésies bretonnes, dont le sens sera perdu pour les gens des villages.

Ces bascules, nécessaires peut-être au progrès de l'humanité, je ne fais que les noter ici, les ayant déduites plus longuement dans la préface.

Je dois dans ces notices appuyer plus vivement sur les questions de détail : la Chanson de la mariée et la Ballade des jeunes Jilles de Quimperlè , deux chansons relatives au mariage.

La Chanson de la mariée est une des plus belles chansons populaires de la France : c'a été de tout temps tellement h: sentiment de tous qu'elle a été chantée dans différentes provinces, augmentée et jamais diminuée. La publication actuelle, telle (pie je l'ai comprise et acceptée, n'a aucun rapport avec la science archéologique, hérissée de noies. File est plus " modeste, et s'appuie seulement sur le sentiment. ()m> tous ceux qui ont conservé dans la

civilisation l'amour et la curiosité du naturel, enfoui trop profondément au sein de nos cœurs, lisent et chantent, et son public sera trouvé.

Madame de Sévigné parle de cette chanson, qu'elle avait entendue dans une noce. Dans le Poitou et la Vendée il en existe des variantes, non pas seulement dans le patois, mais dans la musique. Je connais les variantes musicales : aucune d'elles n'est aussi satisfaisante que la mélodie de ce recueil. Jean-Jacques Hoiisseau , qui se connaissait en mélodies touchantes, disait de ce ;[eure de musique: ■ Les airs ne sont pas piquants, mais ils ont je

ne sais quoi d'antique et de doux qui touche à la longue Ils sont simples, naïfs, soin eut

trislrs; ils plaisent pourtant, n II est difficile de mieux rendre le caractère de la musique populaire. La Chanson de la mariée se chante naturellement aux noces de campagne : au sortir de l'église, la première émotion passée, tout le monde est joyeux, mariés et invités. Le maire a fait un discours à ses deux administrés sur les devoirs du mariage; le prêtre a béai les époux et leur a rappelé leurs sentiments religieux. Kn \ormandie on ne penserait qu'à se mettre à table et à boire. En Bretagne tout n'est pas terminé.

Les imités se rangent en ligne; une chaise est apportée à la mariée, et une jeune fille lui chante les couplets où sont inscrits à chaque wrs ses devoirs de ménage, les soins qu'elle doit nu bétail, aux enfants, à Dieu, et son renoncement aux fêtes et aux plaisirs.

Le mariage, c'est la liberté.

Ainsi le pensent toutes les jeunes filles des villes. Dans le oui conjugal , combien ne rêvent que cachemires, bijoux, diamants, fêtes et liberté dans le monde!

Il s'est produit depuis près «l'un siècle une coterie de folles qui ont écrit le mot liberté au dos du code conjugal. Le dernier des paysans ai ait plus de bon sens que le club des femmes. Il a dit à sa compagne: "Tu resteras à la maison, lu élèveras les enfants et tu gagneras ton pain , 'comme moi, à la sueur de ton front, n

La leçon de la chanson bretonne est nette et positive ; mais elle se termine par une belle pensée, si doucement philosophique, que le caractère de la chanson en devient plutôt mélancolique; celle (pie nous publions se dénoue plus joyeusement. Ainsi qu'aux enfants, à qui on fait une risette pour leur faire oublier un reproche, le poète a terminé par une tartine de miel.

Monsieur le marié , La mariée s'afflige ; Pour la reconsoler, Il faudrait l'emlirnsser.

La ballade des jeunes filles de Quimpcrlé est d'un tout autre caractère. Mon ami Schanu' me l'a rapportée d'un voyage qu'il fit en Bretagne; il la nota sous la dictée des jeunes filles, et elle contient (''gaiement sa moralité , mais moins morale.

Klle aurait été composée par une femme, qu'elle ne peindrait pas mieux les réels Sentiments de beaucoup d'entre elles.

Ayant à choisir entre un jeune ou un vieux mari, la jeune fille prend le lieux. Tel est le début significatif. Mais combien de désirs se cachent sous ce singulier mariage ! Il n'est guère question d'amour ni d'amitié; la jeune mariée espère que son vieil épOUX erètera bientôt. Le mol y est dans toute sa crudité. Klle ira Vendre sa peau à Paris. \li ! vieux célibataires qui ions mariez trop lard, lisez el relisez sans cesse les proierbes, les couleurs gaulois, écoulez les rondes des jeunes filles quand de leur voix claire, en se tenant par la main avec des mouvements de châties, elles chantent en plein air des ballades! Voire argent seul les attire : toutes elles révent à ce jeune et joli (garçon sous-enlendu) qui termine la ronde.

Ici la femme se trahit : un secret senliment de réiolte s'agite en elle. Klle aime les beaux garçons, mais ce beau garçon la ferait travailler rudement. (le n'est pas absolument son idéal, Avant tout elle vent de l'argent dans le ménage, el quand elle aura vendu assez cher la peau de son vieux mari, elle viendra retrouver le beau garçon el l'épousera.

Gomme on l'a dit : il y a différentes morales.

Lmxirri.Kt nv.

A \.\\rs, \ NANT'S EST ARRIVÉ.

ÛlSiyLK RKCIKILLIK E T TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. UKKERLIX.

PIANO

Citant.

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A Nant's, à Xant's est ar - ri - vé,

Sau - te , J ÊL

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blonde, et lè-ve le pied, Trois beaux na - vir's chargés de blé, Sau-te,

blon-de, majo-li' b!on-de, Sau-le. blonde, et lè-ve le pied.

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