LORRAINE
j'\ Al PLANTÉ ROSIER. — BON PBRB |THN VOl' - T -A l.*HBRBB. I.K ROSIBB d'aRGBNT.
J'ai déjà décrit longuement les réjouissances on l'honneur du mois de mai dans des provinces (ont à fait opposées, et j'ai montre' que, soit dans l'extrême nord ou dans l'extrême midi de la France, il existe de nombreux points de ressemblance. La Lorraine va fournir un exemple de pins par ses chants populaires des Trimazot qni ont fait, font et feront longtemps pâlir plus d'un front d'archéologue. Dans toutes les chansons lorraines de mai, qu'elles soient en français ou en patois, Yù Trimazo! revient à chaque refrain comme une sorte d'invocation qui n'est pas sans rapport avec les refrains des poètes de l'antiquité.
0 Trimazot, ç'at lo maye,
0 mi-maye , Ç'at lo joli mois de maye, Ç'at lo Trimazot.
Traduction : » 0 Trimazo, c'est le mai , ô mi-mai ! c'est le joli mois de mai ! c'est le Trimazo. » Ainsi s'en vont chanter par les villages des groupes de jeunes fdles habillées de blanc et couvertes de rubans et de fleurs. D'habitude elles sont trois, une chanteuse et deux danseuses. La jeune fille, suivant la fécondité ou la malignité du poëte du village, chante d'anciennes chansons ou de nouvelles, poétiques ou satiriques, toujours encadrées dans l'éternel refrain du Trimazo cité plus haut. Au refrain, les deux danseuses frappent des mains et sautent avec d'autant plus d'accentuation que le chœur est nombreux, car souvent un chœur d'une douzaine de filles reprend le refrain, laissant à celle qui a le plus de voix la tâche difficile de chanter avec esprit les nombreux couplets.
Le paysan français, naturellement gausseur, a toujours médit des gens du village voisin. Il a l'amour de son clocher; celui qu'on voit poindre à une demi-lieue de là n'abrite, selon lui, que des buveurs, ou des jaloux, ou des avares, ou des coquettes. Dans certaines provinces il en résulte des rencontres et des rixes très-graves entre les garçons ; mais dans la Lorraine, tout s'y passe plus malicieusement. Ce sont les filles chargées de chanter en l'honneur du Trimazo qui vont au mois de mai , dans le village voisin , colporter des couplets satiriques contre les gens de l'endroit. Une bande d'autres jeunes filles accepte gaiement cette lutte poétique, et va dans le village d'où sortent leurs voisines colporter des couplets analysant le caractère particulier ou les défauts des habitants. Pendant les longues veillées d'hiver, le poëte de l'endroit a écouté toutes les plaisanteries et les bons mots dirigés contre les gens du village voisin , et il les a ajustés tant bien que mal dans des couplets pour en régaler ses compatriotes et ses adversaires au mois de mai. Des gâteaux , des fruits, des liards, récompensent les chanteuses de l'une et de l'autre bande. Il est fâcheux que cette coutume se perde; sans regretter l'esprit superstitieux et arriéré de l'ancienne France, combien, avec l'instruction, vont s'envoler à jamais de poétiques coutumes comme l'invocation au mois de mai, que l'esprit positif d'aujourd'hui ne remplacera jamais! Au moment où les chansons du Trimazo tendent à disparaître, les archéologues ont recueilli le mot, et déjà ils l'ont accommodé à foutes les sauces. Que veut dire Trimazo? De nombreux chrrurgiens-élymologistes ont emporté le mot dans leurs amphithéâtres et l'ont disséqué, des chimistes littéraires l'ont analysé, d'autres l'ont pesé. Il en est résulté toutes sortes d'opinions grotesques dont la place n'est pas ici : la plus raisonnable a été' de décomposer le mot tri, trois, et mazo ou HUUette, fillettes ; c'est une é t y i n o I o g i o presque sensée, ce qui est rare en éty mologie . Trimazo voudrait dire (rois filles. On a vu que le plus généralement trois filles se réunissaient pour
aller chauler les couplets. M. A. de la Fizelière, qui m'a été très-utile dans cette notice, penche pour cette explication ; mais je dois le citer textuellement pour le trait suivant :
« Dans les villages du pays messin on fait encore l'amour sans trop de cérémonie. — Tu me plais, veux-tu de moi? — Oui, non. — Tout est dit. Je me rappelle à ce propos, raconte M. de la Fizelière, qu'un hcau garçon de vingt ans, grand coureur de guilledoux , à ijiii on vantait les plaisirs de la ville , répondit un jour : — Xe me parlez pas de la ville, on ne peut y avoir de femmes qu'à force de grimaces. »
C'est en citant de tels mots qu'on fera connaître le vrai paysan français, net, résolu, marchant droit en affaires (sauf dans les affaires d'intérêt), et traitant la femme et l'amour avec sans-façon.
Si la jeune fdle a répondu oui, l'affaire s'arrange comme dans certains cantons suisses où le futur passe la nuit couché près de son amie, mais sans porter atteinte à la morale. Stendhal en a parlé dans un chapitre de son livre de Y Amour. Cette coutume existait également autrefois chez les anabaptistes, dans le canton de Montbéliard. II. de la Fizelière prétend que les entrevues sont souvent fort innocentes : mais ce terrible mot sourciit indique quelques malheurs. La blonde, ainsi les amoureux appellent -ils leur préférée, passe donc la nuit avec le garçon de son choix, qui ne s'est présenté, d'ailleurs, qu'avec le mariage à la bouche. On voit quelquefois une sœur ou une amie partager la couche des amoureux, et la précaution n'est pas mauvaise. L'aventure commence à minuit, à la fenêtre, pour se dénouer au point du jour; quelquefois les garçons viennent de très-loin pour voir leur blonde, et s'en retourner le matin plus amoureux que jamais. Beaucoup de chansons ont célébré cet usage; j'en citerai une recueillie par M. de la Fizelière à Monhy- lez -Metz, et par la colère qui s'empare du père au dénoùment, on juge qu'il a passé dans sa jeunesse par les mêmes aventures, et qu'il ne les trouve pas si- innocentes que les jeunes gens voudraient le faire croire.
LE ROXDEAl I)l: JOZON.
Quand le Jozon me venait voir, Qu'il était encor garçon, C'était vraiment plaisir de le voir, Parce qu'il m' embrassait souvent.
Où donc est le pauvre bon temps D'il y a au moins soixante ans?
C'était vraiment plaisir de le voir, Parce qu'il m'embrassait souvent :
Une fois il passa par la fenêtre, Il s'est tout écorché la.... tête.
Où donc est, etc.
Une fois il passa par la fenêtre ,
11 s'est tout écorché la tète.
Il a voulu fermer la fenêtre , Il fit du bruit, le diable de bêle.
Où donc est , etc.
Il a voulu fermer la fenêtre, Il fit du bruit , le diable de bête.
11 est venu près de mon lit, Et s'y est tout aussitôt mis.
Où donc est, etc.
Il est venu près de mon lit, Et s'y est tout aussitôt mis.
Mou papa y est venu
Avec un brin de fagot.
Où donc est, etc.
Mon papa y est venu Avec un brin de fagot; Il a tapé sur le lit, Sur Jozon et sur Marie.
Où donc est , etc.
Il a tape sur le lit,
Sur Jozon et sur Marie , C'est l'Jozon qui l'a l' mieux senti, Parce qu'il était par-dessus.
Où donc est, etc.
C'est l'Jpzon qui l'a l' mieux senti, Parce qu'il était par-dessus.
Il s'est sauvé devant chez nous ,
Sans culotte et sans sabots.
Où donc est , etc.
Il s'est sauté devant cbez nous, Sans culotte et sans sabots.
11 a eu bien froid dans le dos, Parce qu'il gelait bien fort.
Où donc est, etc.
Il a eu bien froid dans l'dos, Parce qu'il gelait bien fort.
Depuis que nous sommes maries , Combien de fois me l'a-t-il renom rie?
Où donc est le pauvre bon temps.
D'il y a au moins soixante ans?
Cu uirn.ii rv