DANS LES CHANTIERS NOUS HIVERNERONS
M. J. C. Taché dans sa belle élude de mœurs canadiennes intitulée : Forestiers et Voyageurs, n'a pas oublié de faire une mention spéciale de cette chanson par excellence de tout forestier canadien. Je cite :
" A l'heure convenue du lendemain, nous
vimes arriver nos jeunes compagnons de route. Ils venaient, piquant au plus court, à travers la neige des champs, montés sur leurs raquettes. Ils chantaient, sur un air aussi dégagé que leur allure de voltige, le gai refrain des bûcherons canadiens :
Voici l'hiver arrivé,
Les rivières sont gelées, C'est le temps d'allci aux boi»
Manger du lard et des poisl Dans les chantiers nous hivernerons I Dans les chantiers nous hivernerons 1
" Je serais bien empêché, ami lecteur, de vous donner les autres couplets de cette chanson, attendu
que, sauf ce prélude obligé, tout le reste
s'improvise pour répondre aux besoins des circonstances.
" Il est cependant une stance qu'on chante presque toujours pour clôture de la saison des chantiers; mais
celle-ci sur un ton quelque peu ennuyé, avec une apparence affectée de fatigue, la voici :
Quand ça vient sur le printemps,
Chacun craint le mauvais temps ;
On est fatigué du pain,
Pour du lard on n'en a point.
Dans les chantiers, ah ! n'hivernons plus ! Dans les chantiers, ah! n'hivernons plus!
" Le mot chantier, continue M. Taché, a diverse? acceptions : c'est ainsi qu'il signifie quelquefois l'en semble d'un établissement, ou l'industrie de l'exploitation des bois elle-même ; quelquefois le logement des ouvriers. C'est de cette dernière acception que les anglais font usage dans le mot shanty (corruption de chantier,) paf lequel ils désignent une hutte de colon. (Soirées Canadiennes, — deuxième année, p. 24.)
Les couplets qui suivent m'ont été chantés par M. Louis Blondin, de la Baie-du-Febvre.
^Je
Voi- ci l'hi- ver ar- ri-
ve,
Les ri- viè-res
sont ge- lées. C'est le temps d'al- 1er aux bois