IL N'Y A QU'UN SEUL DIEU
Je connais depuis bien longtemps celte ancienne ronde que l'on pourrait parfaitement appeler une ronde religieuse. L'exécution en est très-simple :
Les danseurs se comptent d'abord à haute voix, de façon à ce que chacun d'eux se trouve être désigné par un nombre pair ou impair. Le chant commence ensuite et la chaîne se meta tourner. On tourne ainsi constamment, tantôt à droite, tantôt à gauche; mais quand les chanteurs en sont an sixitV^ne couplet, et chaque fois que ce sixième couplet se répète, tout le monde s'arrête, et, pendant que l'on chante : Six urnes placées, remplies, les danseurs désirés par un nombre pair se tournent, d'abord à droite, pLV'p à gano-he, et font à leurs voisins de profonds saints. Ceux que désigne un nombre impair font la môme cérémonie en sens inverse: le tout avec la gravité d'une cérémome religieuse. Puis lorsque l'on chante: A Cana, en Galilée, les danseurs recommencent à tourner.
Tout cela n'est guère dans le goût des janséuistes. Tandis que ceux-ci, sous prétexte de respect, bannissent Dieu de tout ce qui n'est pas le ciel ou le sanctuaire, les catholiques véritables ont le bcMi seii» de parler de Dieu partout, même dans leurs amusements. " On a ramaiMjué dès longtemps, dit d'une manière charmante M. de Sainte- Beuve, cette gaieté particulière aux peuples caLlioliques ; ce sont des enfants qui, sur le giron de leur mère, lui font toutes sortes de niches et prennent leur aises."
Cette ronde est la traduction à peu près littérale d'une des Imitations des Séries druidiques que composèrent les missionnaires qui établirent le christianisme dans les Gaules. On s'en convaincra par cette citation partielle de deux chants publiés par M. de Villemarqué (Barzas- Breiz, pages 1—28) :