‹ Chansons populaires du CanadaChapitre 45 sur 116 · DANS LES CHANTIERS NOUS HIVERNERONS · texte numérisé non relu

DANS LES CHANTIERS NOUS HIVERNERONS

M. J. G. Taché, dans sa belle éLude de mœurs canadiennes intitulée : Forestiers et Voyageurs, n'a pas oublié de faire une mention spéciale de cette chanson par excellence de tout forestier canadien. Je cite :

'' A l'heure convenue du lendemain, nous

vîmes arriver nos jeunes compagnons de route. Ils venaient, piquant au plus court^ à travers la neige des champs, montés sur leurs raquettes. Ils chantaient, sur un air aussi dégagé que leur allure de voltige, le gai refrain des bûcherons canadiens :

Voici l'hiver arrivé, Les rivières sont gelées, C'est le temps d'aller au bois Manger du lai'd et des pois!

Dans les chantiers nous liiveriierons !

Dans les chantiers nous Ijiverntuous !

'' Je serais bien empêché, ami lecteur, de vous donner les autres couplets de cette chanson, attendu que, sauf ce

prélude obligé, tout le reste s'improvise pour

répondre aux besoins des circonstances.

" Il est cependant une stance qu'on chante presque toujours pour clôture de la saison des chantiers; mais

celle-ci sur un ton quelque peu ennuyé, avec une appa rence affectée de fatigue ; la voici :

Quand ça vient sur le printemps, Chacun craint le mauvais temps; On est fatigué du pain, Pour du lard on n'en a point.

Dans les chantiers, ah! n'hivernerons plus!

Dans les chantiers, ah ! n'hivernerons plus!

" Le mot chantier^ continue M. Taché, a diverses acceptions : c'est ainsi qu'il signifie quelquefois l'ensemble d'un établissement, ou l'industrie ou l'exploitation des bois elle-même ; quelquefois le logement des ouvriers. C'est de cette dernière acception que les anglais font usage dans le mot shanty (corruption de chantier) par lequel ils désignent une hutte de colon." (Soirées Canadiennes^— deuxième année, p. 24.)

Les couplets qui suivent m'ont été chantés par M, Louis Blondin, de la Baie-du Febvre.

Voi- ci Phi- ver ar- ri- - vé, Les ri- viè-res

=Zr=zft

sont ge- lées. C'est le temps d'al- 1er aux

bois

Man- ger du lard et des pois ! Dans les chan-

tiers nous hi- ver- ne- ronaîDans les chan- tiers nous hi-

ver- ne-

=sa:

rous l

Voici l'hiver arrivé, Les rivières sont gelées ; C'est le temps d'aller au bois Manger du lard et des pois.

Dans les chantiers nous hivernerons !

Dans les chantiers nous hivernerons !

Pauv' voyageur que t'as d'ia misère I Souvent tu couches par terre ; A la pluie, au mauvais temps, A la rigueur de tous les temps L Dans les chantiers, etc.

Quand tu arriv' à Québec, Souvent tu fais un gros bec.

Tu vas trouver ton bourgeois Qu'est là assis à son comptoi'.

Dans les chantiers, etc.

— Je voudrais être payé Pour le temps que^j'ai donné, i^uand l' bourgeois est en banqu'route, Il te renvoi' manger des croûtes.

Dans les chantiers, etc.

Quand tu retourn' chez ton père, Aussi pour revoir ta mère j Le bonhomme est à la porte, La bonn'femiue fait la gargotte.

Dans les chantiers, etc.

— Ah ! bonjour doue, mon cher enfant !

Nous apport'-tu beu d'I'argeut ?

— Que l'diable emport' les chantiers I

Jamais d'ma vie j'y r'tournerai !

Dans les chantiers, ah ! n'hivernons plus! Dans les chantiers, ah! n'hivernons plus 1

Ces couplets sont parfaits comme peinture de mœurs. En voici un autre qui a bien son mérite. Il y est question d'un bourgeois qui paie son monde en marchandises^ comme cela d'ailleurs se fait très-souvent. L'expression " on se trouve clair " veut dire ici qu'il ne reste plus rien au crédit du travailleur :

Monsieur Dufroi c'est un bon bourgeois, Mais il n'nous donn' pas grand monnaie. On travail beii tout l'hiver ; Au printemps on se trouv' clair !

Dans les chantiers, etc.

Enfln voici trois autres couplets dont la forme diffère un peu d'avec celle des couplets précédents. La mélodie, nécessairement, s'en trouve légèrement affectée.

|^^H|^jfei^^|EJi|i^l^^^

A By- town c'est un' jo- li' place Où il

l'ra- mass' ben d'ia crasse ; OCi ya des jo- lies

les ohan-

nous hi-

ver- ne-

rous!

A Bytown c'est un' joli' place

Où il s'ramass' bea d'ia crasse;

Où ya des ^oli's fllles

Et aussi de jolis garçons.

Daus les chantiers nous hivernerons !

Nous avons sauté le Long-Sault, Nous l'avons sauté tout d'un morceau !

Ali ! que l'hiver est longue !

Dans les chantiers nous hivernerons!

Dans les chantiers nous hivernerons I

V'ià l'automne qu'est arrivé.

Tous les voyageurs vont monter.

Nous n'irons plus voir nos blondes, Dans les chantiers nous hivernerons !

Dans les chan-tiers nous hivernerons !

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