Chansons populaires du Canada [microforme]
Ce livre, quant à la partie notée, n’est pas du tout mon œuvre. C’est l’œuvre de ce compositeur insaisissable qu’on appelle le peuple, et mon unique préoccupation, en recueillant les chants que contient ce volume, a été de les rendre tels que des personnes du peuple, ou du moins des personnes qui n’ont fait aucune étude de l’art musical, me les ont chantés.
On verra cependant qu’il est quelques mélodies, — en très-petit nombre,—que je n’ai pas notées moimême. Pour recueilli: :es mélodies, qui ne se sont conservées que dans les ‘raditions d’un petit nombre de familles, où qui ne sont connues que dans certaines localités éloignées des grands centres de population, j’ai été heureux d’accepter la collaboration de quelques musicistes éclairés, aussi soucieux que moimême de noter nos chants populaires dans toute leur intégrité.
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vi PRÉFACE.
D’autres avant moi, et beaucoup mieux que je n'aurais pu le faire, ont apprécié le mérite poétique de nos chants populaires ; aussi ai-je cru ne devoir
parler que fort peu de poésie dans ce recueil.
Pour ce qui est de la question de doctrine musicale qui découle des enseignements importants qu’offrent les mélodies que l’on va voir, J’ai traité tout particulièrement ce sujet dans les annotations qui précèdent chacune des chansons recueillies, et surtout dans les
remarques générales de la fin de ee voiume.
Mais avant que d’entrer en matière, il importe de rappeler au lecteur un fait extremement remarquable de lhistoire de la musique, qui jettera une vive lumière sur ce que j'ai à dire. Je laisse parler ici l’éminent directeur du conservatoire de Bruxelles, le musicien réputé le plus savant de l’Europe.
“,........1l me reste à parler, dit M. Fétis, ! d’une audacieuse innovation qui opéra tout à coup, vers la même époque, (la fin du XVIe siècle) une transformation complète de la tonalité, je veux dire de l’art tout entier. Les règles de l'harmonie, depuis le quatorzième siècle jusqu’à la fin du seizième, avaient proscrit toute relation de la note supérieure du premier demi ton (J«) avec l'inférieure du second (si)........ Le résultat immédiat de cette prohibition était qu'il ne pouvait y avoir de ne sensible réclle dans la musique, conséquemment, que la tonalité de la musique actuelle ne pouvait exister. Car remarquez qu'il n'y a de note sensible que parce qu'il y a répulsion harmonique entre la qnatrième note et la septième ; répulsion qui conduit l’une à descendre, l’autre à monter, en sorte que la note sensible n'aurait pu naitre de la seule mélodie, ..,., Eh bien! ce que la doctrine avait
1. Résumé philosophique de l’histoire de lu musique, p. CCXX et suivantes,
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VÉBESS
PRÉFACE. vi
condamné, ce que les siècles (les siècles !) avaient proscrit, un homme osa le faire un jour. Guidé par son instinct, il eut plus de confiance dans ce qu'il lui conseillait que dans les règles, et malgré les cris d'épouvante de tout un peuple de musiciens, il osa mettre en rapport la quatrième note de la gamme, la cinquième et la septième. Par ce seul fait il créa les dissonnances naturelles de l'harmonie, une tonalité nouvelle, le genre de musique qu'on appelle chromatiqur, et conséquemment, la modulation.
“ Que de choses produites par une seule agrégation harmonique! L'auteur de cette merveilleuse découverte est. .....Monteverde..….. Lui-même s'attribue l'invention du genre modulé, animé, expressif, dans la préface d’un de ses ouvrages. (C'est qu’en effet l'accent passionné n'existe ct ne peut exister que dans la nofe sensible, et que celle-ci ne peut naître que de son rapport avec le quatrième et le cinquième degré de la gamme; c’est que toute note mise en rapport harmonique de quarte majeure avec une autre, détermine la sensation d’un ton nouveau, sans qu'il soit nécessaire de faire entendre une tonique ou de faire un acte de cadence, et que par cette faculté de la quarte majeure de créer immédiatement une note sensible, la modulation, c'est-à-dire la succession nécessaire des tons différents, devient facile. Admirable coïncidence de deux idées fécondes ! Le drame musical prend naïssance ; mais le drame vit d'émotions, et la tonalité du plain-chant, grave, sévère ct calme, ne saurait lui fournir d’accents passionnés, car l'harmonie de cette tonalité ne renferme pas les éléments de la transition: Alors le besoin inspire le génie, et tout ce qui peut donner la vie à la musique du drame est créé d’un seul coup. Grandes et rapides furent les conséquences de cette belle découverte, car, dans la première moitié du XVIe siècle, l'expression dramatique de la musique était déjà parvenue à des effets d’une puissance remarquable.
“6,,.......Monteverde, qui avait fort bien aperçu les résultats de son heureuse témérité, sous le rapport de l'expression dramatique, n'en vit pas les conséquences à l'égard de la tonalité, Attaqué avec violence par quelques zélés partisans de l’ancienne doctrine, particulièrement par Artusi, il ne comprit pas plus que ses adversaires qu'il venait d’anéantir les tons (modes) du chant ecclésiastique dans la musique mondaine. On peut se convaincre, par la lecture de quelques-unes des préfaces de ses ouvrages, qu'il
viii PRÉFACE.
n'avait pas porté ses vues sur cet important objet. Il n’est pas moins certain, cependant, qu'après que l'harmonie des dissonnances de septième, de neuvième, et celles qui en dérivent, se fut introduite dans la musique de chambre et de théâtre, il n’y eut plus de premier, de second, de troisième mode, d’authentique ni de plagal, dans la musique: il y eut un mode majeur et un mode mineur ; en un mot /& tonalité ancienne disparut et la moderne
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CANADA