ADAM ET EVE
Une des strophes de cette complainte, celle où un Rédempteur est promis à nos premiers parents, rappelle la belle et pieuse légende du Crâne d’Adam ou du Calvaire :
“,.....Les soldats, en plantant la croix dans le sol, l’ont disposée de sorte que le divin crucifié tuurne le dos à Jérusalem, et étend ses bras vers les régions de loccident. Le Soleil de la vérité se couche sur la ville déicide, et se lève en même temps sur la nouvelle Jérusalem, sur Rome, cette fière cité, qui a la conscience de son éternité, mais qui ignore encore qu'elle ne sera éternelle que par la Croix.
‘* L'arbre du salut, en plorgeant dans la terre, a rencontré une tombe ; et crite tombe est celle du premier homme. Le sang rédempteur coulant le iong äu bois sacré descend sur un crâne desséché ; et ce crâne est celui d'Adam, le grand coupable dont le crime à rendu nécessaire une telle expiation. La miséricorde du Fils de Dieu vien planter sur ces ossements endormis depuis tant de siècles le trophée du pardon, pour la hont: üe Satan, qui voulut un jour faire tourner la création de l’homme à la confusion du Créateur. La colline sur laquelle s’élève l’étendard de notre salut s’appelait le Calvaire, nom qui signifie un Crâne humain; et la tradition de Jéru-
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162 CITANSONS POPULAIRES
salem porte que c’est en ce lieu que fut enseveli le père des hommes et le premier p'cheur. Les saints Docteurs des premiers siècles ont conservé à l’Eglise la mémoire d'un fait si frappent ; saint Basile, saint Ambroise, saint Jean Chrysostôme, saint Epiphane, saint Jérôme, joignent leur témoignage à celui d’Origène, si voisin des lieux ; et les traditions de l’icono-
‘phie chrétienne s’unissant à celles de la piété, on
a de bonne üeure adopté la coutume de placer, en
mémoire de ce grand fait, un c'âne humain an pied de Pimage du Sauveur en croix.” (Dom Guéranger,
Année liturgique, cinquième section, page 541.)
Voici ies quelques lignes que M Champfleury consacre à la complainte d'Adum et Eve d'ins ses Chansons popu aires des previr.c:s de l'rasce :
Daus un joie couvert de fl'urs est une complainte qu’une dame a entendu clainter à un pauvre, dans les environs de Montpellier. C’est la complain‘e dans toute sa naïveté, avec ses mots tonchants, avec s1 musique douce ct plaintive, avec ses puérilités, «vec ses beaux vers quelquefois, avec sa poésie,
quoiqu'en disent les poëtes.?”?
M. Champileury ne donne, dans son ouvrage, que les quatre premiers des vingt-trois conplets que lon va voir ci-dessoux, La mélodie recueillie par M. Wekerlin et publiée dans le même ouvrage, est smblable, presque note pour note, à celle que l’on chante en Canada.
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Dansun jar- din couvert de fleurs, Plein de dou-
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ceurs, Pie cré- a en À son ji- - ma- ge.
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Dans un jardin couvert de fleurs, Plein de douceurs, Dieu créa l’homme à son image.
ù Ce beau séjour Etait la preuve et le vrai gage De son amour.
: # ; Adam était assis tout seul : Sous un tillent, Etant couché sur l'herbe tendre PE Trarquillement, : Un doux sommeil vint le surprendre : Dans ce moment.
Pendant qu'il dort, son Créateur Et son Auteur Lui en!’va doucement un’ côte De son côté ; En forria un’ charmante femme t
Rare en beauté.
Adam la voyant, s'écria :
Ah! la voilà !
Ah! la voilà celle que j'aime,
L'os de mes os ; Donnez-moi-la, bonté suprême, Pour mon repos,
Adam, père du genre humain, Prit par la main
Eve, cette charmante belle, Sa tendre épouse,
Devant Dicu se jette avec elle A deux genoux.
Dieu bénit ce couple charmant Dans le moment,
Un berceau tissu de verdure Fut leur logis ;
De fleurs j'aime la bigarrure De leur tapis.
Dieu prit 4 dam et le conduit Auprès d'un fruit,
Lui disant : Mon fils, prend bien garde, Ne touche pas
A ce beau fruit que tu regardes, Crains le trépas.
De ce lieu je te fais le roi, Tout est à toi.
Mais souviens-toi de ma défense A l'avenir,
Ft respec. l’arbre de science, L’yeur de mourir,
Adam prit Eve et lui montra Cet arbre-là ;
Lui disaut : Mon épons chérie, Garde-toi bien
De toucher là, je Len supplie, Pour noue ben,
Ev' s'étant écarté, un jour, Dans un détour,
Le serpent rencontra la belle Et lui parla.
Le discours qu'il eut avec elle
Cher nous coûta.
—Sulut à la divinité!
Rare beauté,
Perle sans prix, vivante image Du souverain,
L'ornement, le plus bel ouvrage
De ce jardin.
Je te ferai part d’un secret Dans ce bosquet :
J'ai acquis de la connaissance De ce beau fruit ;
Viens donc, tu sauras la science
Qu'il en produit.
Mange ce fruit délicieux, Ouvre les yeux !
La friande cueillit la pomme :
Elle en mangea ;
Elle en porta à son cher homme
Qui s’affligea.
—Malheureuse, d’où viens-tu ?
Je suis perdu!
Quel est ce fruit ? et où est l'arbre?
\ Montre-le moi !....
; Mon cœur devient froid comme marbre ;
Dis-moi pourquoi!
—Adam, Adam, entends ma voix, Sors de ce bois !
Dis-moi donc pourquoi tu te caches ;
Quelle raison ...
Et ne crois-tu pas que je sache Ta trahison ?
—Mon Créateur, j'ai reconnu Que j'étais nu ;
Mais mon Auteur, mon divin Maitre, En vérité,
J'ai honte de faire connaître Ma nudté.
—Approche-toi, monstre infernal, Auteur du mal.
Si tu as détruit l'innocence, Dis-moi pourquoi! ...
Je vais prononcer la sentence ; Ecoute-moi!
“ T'as servi d’organe au démon :
Point de pardon !
La terre pour ta nourriture Tu mangeras ;
L'homme, dans sa juste colère, T'écrasera.
‘ Tu n'as pas écouté ma loi, Femme, pourquoi ?
Mène une vie pénitente ; Dans ma rigueur,
Tu souffriras, lorsqu’ t'enfant’ras, De grand’ douleurs.
‘ Adam, tu mangeras ton pain Avec chagrin.
Va cultiver la terre ingrate ; Sors ‘le ce lieu !
Et n’attends plus que je te flatte :
Je suis ton Dieu.”
Je te fais mes derniers adieux Les larm’s aux yeux,
Jardin charmant, heureux parterre !...….
Quel triste sort !
Je m'en vais cultiver la terre Jusqu'à la mort!
Un ange vint le c:nsoler Et lui parler,
Lui annonçant que le Messie Viendrait un jour
Naïître de la Vierge Marie, Pour leur amour.
Enfin le temps si désiré Est arrivé.
Dicu touché de notre misère, Envoie son Fils.
Et voilà le fruit salutaire Qu'il a promis,