AH ! QUI ME PASSERA LE BOIS
J'étais en partie de pêche au lac Saint-Pierre lorsque
j'entendis pour la première fois cette remarquable mélo-
die que chantait un homme de la campagne en battant la
| mesure avec son aviron. Je fus tellement frappé de HAS l'étrangeté de ce chant qne jinsistai pour qu'il me le répétât plusieurs fois. Le pauvre homme ne pouvait
s'imaginer ce que je pouvais trouver de si beau dans s1
chanson, et ce ne fut pas sans un peu de défiance qu’il
consentit à me la redire. Je crois lavoir notée exacte. ment comme il me la chantait. Il me semble, cependant, qu'il ne faisait pas la note fa tout à fait naturelle dans la
première phrase : Ah! qui me passera le bois ?...., mais il
ne faisait certainement pas le fa dièse non plus. Je lui
chantai moi-même la mélodie, lentement, avec le /a dièse :
puce il hocha la tête en faisant signe que non; je la répétai alors avec le fa naturel, et, cette fois, il parut content.
La phraséologie tout inusitée de cette mélodie indique
clairement qu’elle doit être fort ancienne. Inutile de dire
qu'il ne faut pas songer à lui ajouter un accompagne-
ment. Elle appartient à une tonalité dans laquelle pas un des maîtres de l’art moderne n’a écrit, et qui, à parler francheïnent, nous est à peu près inconnue; or, on sait
de av QE mi mn r'er que ton sen:
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que l'harmonie, telle que nous l’entendons aujourd’hui, est incompatible avec tout ce qui n’est pas tonalité européenne moderne; que ce n’est qu'en assimilant les modes antiques à nos modes majeur et mineur, C'est-à-dire en faisant disparaître des premiers ce qu’ils ont de Caractéristique que l’usage de notre harmonie dissonante Gevient possible, D'ailleurs, est:il bien sûr qu’un grand nombre de nos mélodies populaires ne soient pas incompatibles avec toute harmonie, mème purement consonnante ? Pour ma part, je le crois, bien que je sache que beaucoup de musiciens pensent le contraire. C'est le propre des musiciens de ces derniers siècles, comme la si bien fait remarquer M. Fétis, de ne pouvoir s’imaginer une musi: que quelconque sans harmonie. C’est qu’en effet, la tonalité qui nous est familière, avec ses modes à note sensible exclusifs, étant essentiellement harmonique, on a peine à comprendre qu'il puisse en être autrement d'une autre tonalité. Si l'histoire n'était pas là pour nous le dire, on ne voudrait pas croire qu'il fut un temps où l’on faisait de belle, d'admirable musique sans le secours de l'harmonie ; que les premières notions de cette science étaient inconnues en Italie jusqu'à ce qu'elles y fussent apportées par les peuplades barbares du nord de l'Europe qui envahirent tant de fois la péninsule dans les premiers siècles de l’ère chrétienne.
Pour ce qui est de la mélodie qui nous occupe, en particulier, on peut sans doute lui ajuster un accompagnement quelconque, mais non sans lui faire perdre de l'allure, du caractère qui lui est propre ; allure et caractère que les virtuoses campagnards savent si bien lui donner.
J'ignore si la mélodie de 4h! qui me passera le bois? est connue en France; je sais seulement qu’on y chante
encore quelques fragments des paroles que l’on va voir ci-après.
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Ah!qui ne pas-se- ra ie bois, Moi qui suis si pe-
ti- te? Ce se- ra mousieur que voi-là: N’a- t-il pas bonue
RE dut en aR Le) Gb ES +5 diet role © lose de en me doi cine à mi à Dis tn qaiesns 2 à is en EE me nct it-ms cf emiiaates eg <a a | SUISSES LL. AE en e e de ne eee = ee me nt | ee ——— y EE mm — mi- ue? là! Somi’s-nous au mi- lieu du bois ?
Somin’s-uous à la
Ah! qui me passera le bois,
Moi qui suis si petite ?
Ce sera mousieur que voilà :
N'a-t-il pas bonne mine ? là!
Somm’s-nous au milieu du bois ?
Somm’s-nous à la rive?
Ce sera monsieur que voilà:
N'a-t-il pas bonne mine ?
Quand nous fûn’s au milieu du bois, Il se mit à courire, là!
Sotum’s-uous aù milieu, etc.
Quand nous fûm’s au milieu du bois, Il se mit à courirr
—Oh! qu’a’-vous donc, mou bon mousieur,
Qu'u’-vous à taut courire, là!
Somm’s nous au milieu, etc.
Oh! qu'w-vous donc, mon bon monsieur ’ D
Qu'a’-vous à tant courire ?
— J'entends venir des loups, là-bas, Qui nous suiv’ à la rive, là!
Somm's-nous au milieu, ete.
J'entends venir des loups, là-bas, Qui nous suiv’ à la rive.
Quand ils eur’nt traversé le bois La bell se mit à rire, là !
Somnr's-nous au milieu, etc.
Quand ils eurv’nt traversé le bois
La bell’ se mit à rire.
-Bell qu'avez-vous, bell’ qu'avez-vous, Qu'avez-vous à tant rire? là!
Somim’s-nous au milieu, ete.
Bell! qu'avez-vous, bell” qu'avez-vous, Qu'avez-vous à tant rire ?
—Je ris de toi, je ris de moi,
De ta poltronnerie, là !
Somm's-n1ous au milieu, etc.
Je ris de toi, je ris de moi,
De ta poltronnerie ;
D’avoir pris les perdrix du bois Pour des loups en furie, là!
Somm’s-nous au milieu du bois ?
Somm’s-nous à la rive?