EN REVENANT DE LA JOLIE ROCHELLE
Vrai mélodie populaire, monotone, un peu triste dans sa joyeuseté et son allure antique.
Cette chanson est sans doute d’origine française. Je la note ici avec la penséé qu’elle éveillera peut-être un doux souvenir dans le cœur de quelque cousin d’outremer. * j
« Quel est l’homme éclairé, a dit M. Scudo, quel est l’artiste devenu célèbre qui ne se rappelle la simple histoire, l’image naïve ou la mélodie rustique qui ont charmé son enfance et dont l’impression lui est restée ineffaçable, malgré tout ce que son goût a pu lui dire depuis contre ces bégayements de la muse populaire ?... Tel grand compositeur qui remplit le monde du bruit de ses chefs-d’œuvre ne peut s’empêcher de rêver et de s’attendrir en écoutant le refrain plaintif qui lui apporte un souvenir du pays qui l’a vu naître ».
là ma mi' qu’mon cœur ai - - me !
En revenant de la joli’ Rochelle, (bis)
J’ai rencontré trois jolies demoiselles.
La voilà ma mi’ qu’mon cœur aime tant !
La voilà ma mi’ qu’mon cœur aime !
J’ai rencontré trois jolies demoiselles ; (bis)
J’ai point choisi, mais j’ai pris la plus belle.
La voilà ma mie, etc.
J’ai point choisi, mais j’ai pris la plus belle ; (bis) JTy fis monter derrièr’ moi, sur ma selle.
La voilà ma mie, etc.
JTy fis monter derrièr’ moi, sur ma selle ; (bis)
J’y fis cent lieues sans parler avec elle.
La voilà ma mie, etc.
J’y fis cent lieues sans parler avec elle ; (bis)
Au bout des cent lieues, ell’ me d’mandit à boire.
La voilà ma mie, etc.
Au bout des cent lieues, elle me d’mandit à boire ; (bis) Je l’ai menée auprès d’une fontaine.
La voilà ma mie, etc.
Je l’ai menée auprès d’une fontaine ; (bis)
Quand ell’ fut là, ell’ ne voulut point boire.
La voilà ma mie, etc.
Quand ell’ fut là, ell’ ne voulut point boire ; (bis)
Je l’ai menée au logis de son père.
La voilà ma mie, etc.
Je l’ai menée au logis de son père ; (bis)
Quand ell’ fut là, ell’ buvait à pleins verres ;
La voilà ma mie, etc.
Quand ell’ fut là, ell’ buvait à pleins verres ; (bis)
A la santé de son père et sa mère.
La voilà ma mie, etc.
A la santé de son père et sa mère ; (bis)
A la santé de ses sœurs et ses frères.
La voilà ma mie, etc.
A la santé de ses sœurs et ses frères ; (bis)
A la santé d’celui que son cœur aime.
La voilà ma mi’ qu’mon cœur aime tant,
La voilà ma mi’ qu’mon cœur aime !
MARIANSON, DAME JOLIE
La complainte de Marianson doit être fort ancienne. On y respire le moyen-âge à pleins poumons... — non pas le moyen-âge dans ce qu’il a de bon, mais dans ses fai-
blesses, et tel qu’on a presque toujours le soin de le représenter.
Que le mal, qui est de tous les siècles, ait existé, dans le moyen-âge, chez ces peuples de l’Europe nouvellement conquis à la foi et à peine sortis du paganisme et de la barbarie, nul ne songe à le nier. Mais il y a cette différence entre le mal de ces temps-là et le mal d’aujourd’hui que celui-ci est organisé, qu’il s’étale au grand jour, qu’il se glorifie lui-même, qu’il appelle héroïsme, vertu, justice, l’assassinat, la spoliation, l’injustice ; qu’il nie l’autorité divine ; que, par la bouche de ses sociétés secrètes, il proclame ce principe : que la paix de lame réside dans la négation de Dieu ; tandis que celui-là n’est qu’une défaillance passagère, souvent très grave et très blâmable sans doute, mais qui rougit d’elle-même, ne cherche pas à se propager, et à laquelle survit toujours la foi.
Au moyen-âge, l’action du christianisme s’exerçait sur une société qui, je le répète, sortait de la barbarie. Ce que ces siècles ont produit de bon venait surtout du christianisme ; ce qu’ils ont produit de mauvais venait surtout de la barbarie ; mais l’organisation sociale créée par l’Eglise, avec ses mille moyens de protéger les faibles, avec ses corporations et ses confréries, était réellement admirable, et conduisait les peuples de l’Europe et la société chrétienne en général au plus grand bonheur terrestre qui se puisse imaginer. Le jour où l’on consentira à retourner aux « corporations » du moyen-âge, la « question ouvrière » sera résolue.
Tout cela n’empêche pas que le mari de Marianson , dame jolie, ait fait un bien mauvais coup ; mais il en a déjà demandé pardon... Le récit cependant eût été plus complet et la couleur de l’époque mieux gardée si la complainte en eût fait un frère de la Merci, se vouant volontairement à l’esclavage pour expier son crime.
. jU. .... F & JP
TZZ
jf
iy
Ma - ri - an - son da - me jo - - lie, Où est al¬
fs=Jt=q
. fa
lé vo - tre ma - ri ? Ma - ri - an - son da - me jo¬
lie, Où est al - lé vo - tre ma - ri ?
— Marianson, dame jolie, 1 ....
@ù est allé votre mari ? J
— Mon mari est allé-z-en guerre, 1 ....
Ah ! je ne sais s’il reviendra. ( '
— Marianson, dame jolie,
Prêtez-moi vos anneaux dorés.
— Ils sont dans l’coffre, au pied du lit ; \ .... Ah ! prends les clefs et va les qu’ri’. J ^
— Bel orfèvrier, bel orfèvrier, 1 ....
Faites-moi des anneaux dorés. J
Qu’ils soy-ent faits aussi parfaits, 1 „
Comm’ les ceuz’ de Marianson. j
Quand il a eu ses trois anneaux, \ „ . .
Sur son cheval est embarqué. J
Le premier qu’il a rencontré, 1 C’était l’mari d’Marianson. j
— Ah ! bonjour donc, franc cavalier ; 1 Quell’ nouvell’ m’as-tu apportée ? J k
— Ah ! des nouvell’s je n’en ai pas, j „
Que les ceuz’ de Marianson. j v
— Marianson, dame jolie, 1 EU’ m’a été fidèle assez. J ^
— Oui, je le crois, je le décrois : \
Voilà les anneaux de ses doigts. J
— Tu as menti ! franc cavalier : i .... Ma femme m’est fidèle assez.
Sa femm’ qu’était sur les remparts, i .... Et qui le voit venir là-bas :
— - Il est malade ou bien fâché, I .... C’est une chos’ bien assurée. J
Ah 1 maman, montre-lui son fils :
Ça lui réjouira l’esprit.
— Ah ! tiens, mon fils, voilà ton fils. Quel nom donn’ras-tu à ton fils ?
(bis)
— A l enfant îe donn rai un nom, 1 .
ai' • 1 ( bis )
A la mere, un mauvais renom. J
A pris l’enfant par le maillot Trois fois par terre il Ta jeté.
Marianson, par les cheveux,
A son cheval l’a-t-attachée.
II a marché trois jours, trois nuits, 1 .. . . Sans regarder par derrièr’ lui. J
Au bout des trois jours et trois nuits, 1 , , . . A regardé par derrière lui. j
— Marianson, dame jolie,
Où sont les anneaux de tes doigts ?
— Ils sont dans l’coffre, au pied du lit ; 1 .. . . Ah ! prends les clefs et va les qu’ri.
Il n’eut pas fait trois tours de clef, i Ses trois anneaux d’or a trouvés. j
— Marianson, dame jolie, I
Quel bon chirurgien vous faut-il ? j
— Le bon chirurgien qu’il me faut, 1 C’est un bon drap pour m’ensev’lir. j
— Marianson, dame jolie, 1
Votre mort m’est-elle pardonnée ? ]
(bis)
(bis)
— Oui ma mort vous est pardonnée.
Non pas la cell’ du nouveau-né...