‹ Chansons populairesChapitre 14 sur 89 · JE PECHE A LA LIGNE · texte numérisé non relu

JE PECHE A LA LIGNE

Il est un clair ruisseau Protégé par des saules, Qui m'offrent un rideau D'ombre fraîche et de gaules.

Là , dans l'herbe et les joncs , Vit la troupe maligne Des frétillants goujons Que je pèche à la ligne.

Là, je trouve un réduit Inaccessible au monde, Et mon heure s'enfuit Au murmure de l'onde.

Là, j'ai la paix du cœur, Mon potager, ma vigne Et mon Parfait pécheur. . . .

Car je pèche à la ligne.

Que d'autres, plus hardis Et peut-être moins, sages , Des océans maudits Dépeuplent les rivages !

Pour être un gros pécheur.

J'ai Fâme trop bénigne ; Leurs filets me font peur ; Moi, je pèche à la ligne.

Du choc des passions Spectateur insensible , J^es révolutions Me trouvent impassible.

Rois fous , peuples légers , Pour un mot, pour un signe, Vous vous entr* égorgez....

Moi, je pèche à la ligne,

On dit que nos aïeux Sont chassés du Parnasse , Et que de nouveaux dieux Sont assis à leur place :

Dieux qui chassez Boileau , Racine et Delavigne , Ne troublez pas mon eau :

Moi, je pèche à la ligne.

De ce ruisseau lointain La source est peu connue , Mon poisson , bien fretin , Ma pêche , bien menue ; Mais aux décrets du sort , Content, je me résigne, Et j'attendrai la mort En péchant à la ligne.

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