LE CHAMPAGNE
Beau prisonnier» dont les échos fidèles Ont retenu les chants et la gaîté , A tes esprits je veux rendre leurs ailes ; Viens respirer Tair de la liberté.
Assez longtemps, dans ta prison profonde, Enseveli par des maîtres ingrats , Tu demeuras oublié de ce monde Qui t'aurait dû T oubli de ses combats.
L'heure a sonné : surgis à la lumière ; Viens resplendir à l'éclat des flambeaux; Secoue enfin cette humide poussière Que les hivers attachent aux tombeaux.
Tu nous diras tes refrains d'allégresse, Tu chanteras l'espoir et la beauté ; Mais laisse-moi , sous ma main qui te presse , Sécher les pleurs de ta captivité.
De nos beaux jours entretiens la mémoire ; En nos pensers rappelle la vigueur ; Enflamme-nous aux rayons de ta gloire ; Mais viens d'abord te chauffer à mon cœur.
Oui , tu frémis ; et cette douce étreinte Rend leurs vertus à tes sens engourdis ; Et sous le joug, dont tu gardes l'empreinte , Impatient, tu grondes et bondis !
Je veux doubler T ardeur qui te dévore ;
Sois donc heureux, vois, j'ai rompu tes fçrs;
Un seul lien te tient captif encore ;
Il est brisé... pars libre dans les airs!...
Non, pas encore... un malheureux esclave Que l'habitude au joug a façonné , Quand- une main a brisé son entrave, Reste un moment immobile , étonné.
Mais il est temps, et ton heure s'achève; Je viens aider tes généreux efforts ; Oui, regardez, il grandit, il s'élève ; Monte , pars , vole , et répands tes trésors !
Vin de Champagne, enivrante maîtresse.
Viens , le front libre et les cheveux épars ! . . . Brise à ton tour le joug qui nous oppresse , Et de ton prisme éblouis nos regards.
Fais-nous savoir que la vie a des charmes , Qu'à nos douleurs succèdent nos plaisirs ; Verse à nos cœurs l'oubli de leurs alarmes, Verse à nos sens l'ardeur de leurs désirs !