‹ Chansons populairesChapitre 2 sur 89 · II · texte numérisé non relu

II

GUSTAVE XADAUD.

— Mon fils, c'est prudent, en effet ; Mais chacun a ses échéances :

Moi, j'attends que le mal soit fait Pour demander des indulgences. »

Les auteurs me semblent souvent Suivre l'exemple du bon moine.

D'^abord , ils jettent à tout vent Leur esprit et leur patrimoine :

Puis , en termes doux et léchés , Au lecteur ils font des avances ; On commence par les péchés ^ On finit par les indulgences.

LINVALIDE.

Xoble soldat mutile par la gloire , Dernier débris d*un temple dévasté, Tes ennemis, surpris de leur victoire.

Restent tremblants devant ta pauvreté.

Cent coups gagnés sur vingt champs de bataille T'ont fait pourtant un assez beau trésor ; Comme un drapeau criblé par la mitraille.

Pauvre invalide , ils te craignent encor !

Ils font connu dans leurs cités parjures , Et chacun d'eux contemple avec effroi Ce vieil habit, et ces larges blessures Qu'ils t'envoyaient, en fuyant devant toi.

Des rois honteux et des palais scrviles Ton pied vainqueur brisait les trônes d'or.... Un bâton seul soutient tes pas débiles....

Pauvre invalide , ils te craignent encor !

Es-tu de ceux qu'une avalanche immense Sur l'Italie a jetés triomphants?

De l'Allemagne abaissant la distance, As-tu du Nord réveillé .les enfants?

Es-tu de ceux que virent apparaître, En leurs déserts, l'Oural ou le Thabor?

Soldat, tu fus de tous ceux-là peut-être.... Pauvre invalide , ils te craignent encor !

Ravis enfin à leur lente agonie ,

Tu soulevais les peuples aux combats ;'

Tu leur portais la gloire et le génie,

Et tu semais la France sous tes pas.

Partout, alors, de leur sainte cohorte

Ton bras guidait le généreux essor ;

Ton bras s* étend... mais un boulet remporte.

Pauvre invalide , ils te craignent encor I

L'heure a sonné, sens tressaillir la terre!

La liberté parle à ses nourrissons ; Ton sang, versé sur la rive étrangère, A fécondé d'immortelles moissons.

Entends, entends l'hyorne de délivrance :

Un nom s'élève en un sublime accord, Un nom sacré : c'est celui de la France !

Pauvre invalide, ils t'appellent encor!

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