LES DIEUX
Les dieux s'en vont, disent les sages :
La raison a tué la foi.
Sur un océan plein d'orages, Plutôt que de voguer sans loi, Rendez-nous la mythologie Avec ses dieux grands et petits ; Faites-nous croire à la magie :
Tous les dieux ne sont pas partis.
Quelle est cette blonde déesse Qu'un temple ne peut contenir?
Inclinez-vous : c'est la jeunesse Qui s'élance vers l'avenir.
Elle a l'audace; elle veut croire A tous les nobles appétits , A l'amour et même à la gloire :
Tous les dieux ne sont pas partis.
Auprès d'elle est la folle fille Qui d'un banquet fait son autel ; Ses yeux sont un flambeau qui brille, Sa voix est un rire étemel.
Elle chante toutes les causes , Elle boit à tous les partis ; C'est la gaîté semant des roses : .
Tous les dieux ne sont pas partis.
Avec plus d*art et de mystère ,
Un dieu gouverne tous uqs sens :
L'amour, aussi vieux que la terre.
Aussi jeune que le printemps.
Par ses tourments ou par ses charmes
Il tient nos cœurs assujettis ,
Plein de plaisirs et plein de larmes :
Tons les dieux ne sont pas partis.
Et toi , qui des seules injures Veux toujours prendre la moitié , Baume de toutes les blessures , Salut à toi t sainte amitié !
Malheureux qui nîrait l'empire Des liens qu'il n'a pas sentis !
Plus malheureux qui les déchire!...
Tous les dieux ne sont pas partis.
Mais non : ces dieux imaginaires Ne sont que les rayons du jour.
Un seul maître verse à nos sphères Le soleil, la vie et l'amour.
Pour les grands il fit la clémence , Le courage pour les petits ; A tous il donne l'espérance :
Tous les dieux ne sont pas partis.