‹ Chansons populairesChapitre 45 sur 89 · LANLAIRE · texte numérisé non relu

LANLAIRE

Avez-vous connu Lanlairc , Dont nous pleurons le trépas?

De pareils, on n'en voit guère; De pareils, on n'en voit pas.

Lanlaire, lanla.

A peine était-il au monde, Qu'au lieu de geindre et crier, Il s'en allait à la ronde Chanter dans tout le quartier :

Va te faire Lanlaire !

A ce point qu'on l'appela Lanlaire , Lanla.

Va te faire lanlaire, Va te faire lanla !

On le mit dans un collège Pour apprendre le latin ; Il jouait , le sacrilège ; Il fumait , le libertin !

Lanlaire, lanla.

Et, qaand le maître sévère Le condamnait au pain sec, Sa nourriture ordinaire , Il lui répondait en grec :

Va te faire Lanlaire !

Il ne savait que cela :

Lanlaire , Lanla !

Va te faire lanlaire, Va te faire lanla !

On lui dit : Va-t*en ou reste ; Sois soldat. — C'est trop frugal.

— Médecin — Je suis modeste.

— Commerçant. ... — Je suis loyal.

Lanlaire, lanla!

— Tu veux donc être notaire?

— La charge est lourde à payer.

— Puisque tu ne sais rien faire.

Sois avocat ou boursier.

— Va te faire Lanlaire !

Le diable a passé par là.

Lanlaire , Lanla !

Va te faire lanlaire , Va te faire lanla !*

— Qu'êtes- vous en politique?

— Moi? Je n'ai jamais changé.

lli GUSTAVE KADAUD.

— Aimiez- voas la répnbliqoe?

— J'aime tonjours ce qoe j'ai.

Lanlaire, lanla!

— Êtes- vous légitimiste?

— Je sois toi^oiirs de mon temps.

— Seriez- vous socialiste?

— \ons verrons dans cinquante ans.

Va te faire Lanlaire!

Mon système, le voilà :

Lanlaire , Lanla!

Va te faire lanlaire.

Va te faire lanla l

11 ne plaçait la sagesse Que dans les plaisirs permis,.

Changeant souvent de maîtresse, Ne changeant jamais d*amis.

Lanlaire, lanla!

On voulut lui faire prendre Femme aimable et grosse dot.

Moi, dit-il, j'irais me vendre.

Et demain le premier sot Va me faire Lanlaire....

Gomment nommez-vous cela?

Lanlaire , Lanla !

Va te faire lanlaire, Va te faire lanla !

Il ne fit rien en sa vie, Pour ne pas faire le mal ; Il fut pauvre sans envie ; Il vécut au sol natal.

Lanlaire, lanla!

Il resta célibataire, Et même il n'eut pas d'enfants ; Si tu crois trouver sur terre Beaucoup de ses descendants, Va te faire Lanlaire !

On n'en fait plus, de cenx-là!

I^anlaire , Lanla !

Va te faire lanlaire.

Va te faire lanla!

LE FOU GUILLEAU.

Un soir, on frappe à la cabane Que Jacque , avec sa femme Jeanne , Habite s&ul au fond des bois :

ce Entrez! n répondent les deux voix.

Sur la porte , un vieillard se penche ; Il a longue moustache blanche; Ses habits tombent en lambeaux; Il tient à la main ses sabots.

Il dit : u C'est ici la chaumière Qu'habitait, du temps de la guerre, Jean Guilleau. Qu'est-il devenu?

— Nous ne l'avons jamais connu.

— Mais sa femme.. . Elle était si bonne !

On l'appelait la Bourguignonne ;

Vous vous la rappelez? — Mais non ; Mous ne connaissons pas ce nom.

— Deux enfants formaient leur famille :

Jeanne-Marie était leur fille ;

Serait- elle partie aussi?

— On ne l'a jamais vue ici.

— Mais vous avez entendu dire Qu'autrefois., du temps de l'Empire, Le garçon Guilleau s'enrôla?

— On ne nous a pas dit cela.

— Eh bien , Guilleau , c'était mon père ; La Bourguignonne était ma mère ; Jeanne-Marie était ma sœur,

Et j'ai servi sous l'Empereur. •

J'ai bien souffert pour ma pairie; J'arrive de la Sibérie, Et je retrouve ma maison Après quarante ans de prison.

Mais ma maison n'est plus la même; Elle a perdu tout ce que j'aime.

Mon Dieu! que vais-je devenir?

Mieux valait ne pas revenir.

— Allez-vous-en jusqu'à la ville ; Là, vous trouverez un asile.

Il ne sied pas aux indigents De venir déranger les gens.

Là, vous vous ferez reconnaître; On saura qui vous pouvez être, Et, quand vous serez reconnu.

L'hôpital est fort bien tenu. » — '

Le lendemain, près de T église , Un mendiant à tête grise Tendait la main au voyageur En lui parlant de FEmpereur.

Il contait toujours des histoires De batailles et de victoires, Et tons les enfants du hameau L'ont appelé le fou Guilleau.

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