‹ Chansons populairesChapitre 49 sur 89 · L'AIMABLE VOLEUR · texte numérisé non relu

L'AIMABLE VOLEUR

Pardon, monsieur le voyageur, Vous manquez un peu de prndencr A passer seul, la nuit, sans peur, Dans un bois où plus d'un voleur Fixe, dit-on, sa résidence.

Si Ton vous attaquait ici.

Vous pourriez bien crier merci.

Sans être Mandrin ni Cartouche, On vons tarait comme une mouche.

Si vons pouviez prendre le temps De m' accorder quelques instants. Mous causerions là, sur la route.

D'ailleurs, j'ai là deux pistolets...

— Oui, je les vois, retirez-les...

Parlez, monsieur, je vous écoute.

— Ah !, vous me faites trop d'honneur ; 'Merci, monsieur le voyageur.

Pardon, monsieur le voyageur :

Vous voyez quelle est ma toilette; Je néglige trop ma santé; Je sors, r hiver comme Tété, Avec une simple jaquette.

Si Ton m'offrait un habit neuf Doublé de soie, en drap d*Elbeuf, Un manteau garni de fourrures, De bonnes et fortes chaussures, Du linge fin, j'y liens beaucoup, Pour vivre au bois on n*est pas loup; Mon Dieu, je changerais de mise...

D'ailleurs, j'ai là deux pistolets...

— Oui, je les vois, retirez-les ..

Voici la clef de ma valise.

' — Ah ! vous me faites trop d'honneur ; Merci , monsieur le voyageur.

Pardon , monsieur le voyageur :

Je ne tiens pas à la fortune; J'ai là quelques propriétés :

La route où vous vous arrêtez.

Et des forêts au clair de lune. J'ai lu dans plus d'un bon auteur Que l'or ne fait pas le bonheur.

Et Bias trouvait qu'en voyage On a toujours trop de bagage.

D'aucuns en sont embarrassés; D'autres n'en ont jamais assez.

Quand j'ai soif, je vais à la source...

D'ailleurs, j'ai là deux pistolets...

— Oui , je les vois , retirez-les. . .

Voulez- vous accepter ma bourse?

— Ah! vous me faites trop d'honneur; Merci, monsieur le voyageur*

PardoD , monsieur le voyageur :

Ici, nous n'avons pas de cloche;

On n a jamais bien su pourquoi

Des philosophes tels que moi

N'ont pas de montre dans leur poche.

Des astres nous savons le cours;

Mais les jours sont plus ou moins courts,

Et, pour rentrer dans sa demeure,

On aimerait à savoir l'heure.

Si, par hasard, au coin d'un bois.

Il me tombait entre les doigts

Un chronomètre de rencontre...

D'ailleurs, j'ai là deux pistolets...

— Oui, je les vois, retirez -les...

Pourrais-je vous offrir ma montre?

— Ah! vous me faites trop d'honneur; Merci, monsieur le voyageur.

Pardon, monsieur le voyageur :

Un mot encore, et je vous quitte.

Grâce à moi , d'un cas imprudent Vous vous tirez sans accident; Souffrez que je vous félicite.

Quoi qu'en disent les dégoûtés, La vie a quelques bons côtés ; Je vous la laisse saine et sauve; Monsieur, l'occasion est chauve.

Pressez-moi donc sur votre cœur.

En m' appelant votre sauveur...

Si toutefois c'est votre envie. «.

128 GL'STAVE NADAUD.

D'ailleurs, j'ai là deux pistolets...

— Oui , je les vois , retirez-les. . .

C'est à vous que je dois la vie. |

— Ah! vous me faites trop d'honneur; I Adieu , monsieur le voyageur.

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