‹ Chansons populairesChapitre 51 sur 89 · LAMENTATIONS D'UN RÉVERBÈRE · texte numérisé non relu

LAMENTATIONS D'UN RÉVERBÈRE

ou LE GAZ A L'INSTITUT.

Passants, écoutez la complainte D*un réverbère trépassé.

Ouvrez F oreille au glas qui tinte, Et saluez une âme éteinte D*ùn requiescat in pace.

Nous étions encore cinq frères, Cinq invalides, cinq débris; Nous nous abritions sous nos verres, Pour nous cacher, vieux réverbères, Au centre du nouveau Paris.

C'était à rinstitut de France; Nous y vivions obscurément.

Dans la naïve confiance Que r égide de la science Couvrirait notre monument.

Les vieilles croyances sont mortes; IjCS dieux païens n*ont plus d'autels.

Esprit moderne, tu l'emportes; Le gaz s'avance ; il bat les portes Du temple où sont les immortels.

Jusque dans mon dernier asile Il creuse un canal souterrain ; Il se glisse , hideux reptile , Allongeant son tuyau fossile Sous le parvis de Mazarin.

Oh! que dira l'Académie, Lorsque , sortant de son sommeil , Un aigle de l'astronomie Se verra frappé d'ophthalmie Aux feux d'un nocturne soleil?

Ecoute mon vœu prophétique :

Tu périras, gaz de l'enfer, Supplanté, comme un empirique, Par quelque démon électrique Qu'on appellera Lucifer.

Adieu , mon maître , mon lampiste ; Tu me traitas avec douceur.

Ton office était d'un artiste ; Voudras-tu , pauvre Jean-Baptiste , Passer à l'état d'allumeur?

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