GENRES XIII
XLIII sont des parodies, la première d'une chanson française, l'autre du fameux Lœtahundus ; celle-ci a donc été composée, comme l'indique le choix même de ce modèle, pour égayer une veillée de Noël ; c'est pour la même occasion qu'a été écrit (cela ressort du texte même) le n» XLIV, dont le modèle n'a pas été retrouvé ^ ; celui-ci est moins une chanson à boire qu'une exhortation, adressée à un hôte de marque, à bien traiter la joyeuse compagnie (de clercs, sans doute) admise à venir chez lui « querre Noël ».
Les pièces XXXIX-XLI présentent un caractère tout différent : dans la première et la troisième le poète associe à l'éloge de l'amour celui de la bonne chère, à la description des beautés de sa mie celle des bons repas que sa présence rendrait plus savoureux encore ; ce mélange bizarre « de poésie légère et de grasse matérialité » * ne s'est rencontré jusqu'à présent que dans les oeuvres d'un seul poète, le gentil Colin Muset, et on peut dire que c'est bien là sa marque de fabrique 3. Le n^ XL oppose, sous forme de petits tableaux vivement enlevés, les misères de la vie des camps aux plaisirs qui embellissent la vie courtoise ou bourgeoise, les fêtes, les tournois, et surtout les plantureux dîners servis, en hiver, auprès d'un bon feu ; ces deux thèmes apparaissent aussi, quoique plus discrètement, chez le même trouveur4. Aussi est-ce bien au joyeux et génial ménestrel que nous proposons d'attribuer ces trois pièces, qui comptent certainement
1. La forme n'en est pas, au reste, proprement lyrique ; chaque couplet se compose de trois distiques octosyllabiques, dont le premier est rattaché au second et le second au troisième (qui forme refrain) par un petit vers qui en annonce la rime. On trouve une forme très analogue,, avec moins de régularité (et sans refrain) dans Pyrame et ThUhè, Richeul et quelques pièces bien connues de Rutebeuf (voy.Naetebus, Dienichtlynschen Strophenformen des Altfranxpsischen, p. 105). Les deux pièces latines publiées par Du Méril, sous le titre de Noël des écoliers (Poésies inédites du moyen â^e, p. 295-7) n'ont avec celle-ci aucun rapport de fond ni de forme. Cf. Hauréau, Notices et extraits de quelques mss. latins^ II, 30.