‹ Chansons vécuesChapitre 42 sur 45 · PIERROT INFIDÈLE · texte numérisé non relu

PIERROT INFIDÈLE

A mon ami et inlerprcte Georges JFague, ajfectiieiisement.

Moder.iîo , . , . ,, ,,

ris et dfs vo- lup - tes , Co.Jorn.bine at

I'' - -V Que l'ingrat

mant qui l'a dé. so . le. e, Rajnène a vec

lui le vol des gaî - tés Las! pourquoi Pier-

rot est-il in.fi . de. le? Co.lom bine est

pond. "Co-lombe est je . Ji . e, Et si son Pier.

dra su. re.ment un soir.

Pierrot infidèle 20}

En le nid d'amour que Pierrot déserte,

Et près de la couche autrefois ouverte

A l'essaim des ris et des voluptés,

Colombine attend émue, esseulée,

Que l'ingrat amant qui Ta désolée

Ramène avec lui le vol dés gaîtés.

Las! pourquoi Pierrot est-il infidèle?

Colombine est donc moins douce et moins belle ?

Que dit à cela son petit miroir ?

L'indiscret répond : « Colombe est jolie

Et si son Pierrot n'est pris de folie

Il lui reviendra sûrement un soir. »

Allons, se dit-elle, un peu de courage ! Et sans larmoyer, guettons le volage Qui s'en est allé devers Tinconnu Courtiser la blonde, aduler la brune, Et, qui sait? peut être offrir à la lune Son mâle désir longtemps contenu.

Mais soudain, voici qu'une folle idée Par la ruse et par l'amour fécondée, Germe audacieuse en son jeune esprit, Er, fébrilement, presque soulagée Par l'espoir qu'elle a de se voir vengée, Tel est le billet galant qu'elle écrit :

c( Mon petit Pierrot, tu m'as délaissée, « Moi qui t'avais fait roi de ma pensée, « Et j'ai bien souifert de ton abandon. « Rien n'éveillera ta tendresse morte, « Je pars et je laisse au seuil de ta porte « Mon rêve défunt avec mon pardon. »

Un bruit de pas lourds de l'escalier monte, C'est lui qui revient ! Colombine est prompte A rendre apparent l'amoureux billet Q.u'il faut que l'ingrat trouve, prenne et lise Et, prête à jouir de son entreprise, Elle se blottit non loin du buffet.

Mais la porte cède aux fortes poussées due lui font subir deux mains convulsées.

Pierrot infidèle 205

C'est l'ami Pierrot qui rentre au logis, Harassé, suant, presque hors d'haleine.

Le blafard amant se soutient à peine : Las ! le malheureux est tout à fait gris. Il s'en est allé courir la chimère, Et boire à longs traits le vin de lumière Que la lune verse à tous ses galants.

Il est saoul d'amour et de poésie Et les papillons de sa fantaisie Montent vers Tanit en nuages blancs.

Lors, il s'aperçoit que la chambre est vide, Embrasse les murs d'un coup d'œil rapide : Le nid par l'amie est-il délaissé ?

Il jette un regard furtif sur la table Et, pris d'un effroi sourd, épouvantable, Saisit le billet qu'il y voit placé.

Il le lit, ses yeux s'emplissent de larmes, Et sous le fardeau des neuves alarmes, Son cœur d'amoureux est comme écrasé.

Colombine alors, quittant sa cachette, S'approche à pas lents, timide et muette. Du pâle Pierrot presque dégrisé.

2o6 Chansons vécues

Mais il rit déjà de son infortune, Et veut à nouveau courtiser la lune Q ui dissipera douleur et regret.

La friponne a fui comme Colombine !

Le Ciel porte en bleu le deuil de Lucine ; La nuit est défunte et le matin naît.

Lors, désespéré d'être sans amante, Il fond en sanglots, rugit, se lamente Et résolument appelle la Mort.

Soudain, le soleil franchit la fenêtre, Jetant la gaîté, versant le bien être En le loo:is morne où le baiser dort.

Pierrot détournant son visage blême.

Voit à ses côtés la belle qu'il aime Tendre en souriant ses deux bras vers lui ; Mais elle lui dit, tandis qu'il s'y plonge : « L'Amour, mon Pierrot n'est pas un mensonge, (( Viens, je suis la joie et je vaincs Tennui. " Tu m'as fuie un soir pour courir la lune, - « Elle, t'a quitté sans douleur aucune

Pierrot infidèle

« Et je te retrouve au nid déserté.

« Le ciel est trop haut, reste sur la terre; « La lune, vois-tu, n'est que ta chimère : « Je suis ton soleil de réalité I »

La musique d'accompagaement se trouve chez LAUREXS, éditeur, \, 5. 6, galerie du Théâtre-Français, Paris.

PIERROT CHAXTE

A Mademoiselle Fèlicia Malîet . en affectueux souvenir.

Tranquillo

hé! la June au blanc mi - nois, C'est ton vieil a.mant

C'est Pierrot qui n a pas en-Cor Chant'- pour

Ta.nit aux yeux d'or, Son chant du cy

gne, C'est Pier.rot, le joy . eux Pier.rot, Qui

Dar- de sur toi son

gai re-gard,Ri-ant dans son mas-que fcJa.fsrd,

^^ -adlib.

-Trr-T ■ i, f — 1" — r —

—i J ? Il

£ ^ 1 Il

Plein de fa - n . ne!

Pierrot chante 211

Ohé ! la lune au blanc minois, C'est ton vieil amant d'autrefois

Qui te fait signe, C'est Pierrot qui n'a pas encor Chanté pour Tanit aux yeux d'or

Son chant du C3^gne ; C'est Pierrot, le io3'eux Pierrot, Qui passant la tête au carreau

De sa cuisine.

Darde sur toi son gai regard, Riant dans son masque blafard

Plein de farine.

C'est Pierrot, le fripon moqueur, Voleur, menteur, fou, mais bon cœur, due tout amuse,

2Î2 Chansons vécues

Qui, de nouveau te tait la cour Pour que tu veuilles en retour

Être sa muse; Sois ma muse, fille des nuits, Déesse superbe qui luis

Au sein du monde, Sois, ma muse, et que tes rayons M'apportent dans leurs reflets blonds,

Ta beauté blonde.

Que tu sois la vierge au front blanc Dont n'a jamais battu le flanc

Sous la caresse, Et qui traverse le ciel bleu.

Insensible au brûlant aveu

Qu'on lui confesse, Ou que tu sois, ô ma Tanit, La courtisane qu'un prurit

D'amour entraîne, Et qui passe en cherchant des yeux Quelque beau soleil amoureux

Pour qu'il l'emmène,

Pierrot chante 213

Peu m'importe, ô ma déité, Pourvu que ta douce clarté

Soit mon égide, Et, qu'en toi, pour être emporté Sur les vagues de la gaîté,

Je trouve un guide ; Car, ô lune, ton vieux minois Cache dans ses replis narquois

Une harmonie, Celle des farces et des ris Où tes yeux d'or font les soli

De lironie !

Publiée avec rautorisation de M. C. JOUBERT, éditeur de musique, 25, rue d'Hautevillc, Paris. Tous droits de traduction, de réproduction etr d'exécution réserves pour tous pays. Prix du fascicule avec accompagnement de piano 3 francs.

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