‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 101 sur 167 · SONNET CXLV · texte numérisé non relu

SONNET CXLV

Ainsi, jeune et sans nom, le hardi Michel-Ange, Même au prix de l'exil et d'un oubli fatal. Enviait le destin du maître sans rival, Qui depuis cinq cents ans de ses bourreaux se venge

Il n'eut point à gémir de cet orgueil étrange; Il devint grand, puissant, et la griffe du mnl Ne put le dépouiller de son manteau royal : Sa gloire pour les yeux demeura sans mélange.

Toutefois, il l'a dit, il ne fut point heureux. Rien ne saurait combler le vide douloureux Qui tient l'esprit de l'homme isolé sur la terre ;

i'^t nous devons sans doute, avides de réveils, Regarder le malheur comme un bienfait austV're, (lui lrnn(lie<le l'ennui les sinistres conseils.

SONNET CXLVl.

Au lieu d'être un rêveur ou peut-être un |)oë(e, Si vous l'aviez voulu, j'eusse été seulement Heureux à vos genoux, heureux en vous aimant. Mais qu'était-ce pour vous que cette humble conquête

Pour de plus hauts destins vous aviez été faite : A votre orgueil épris d'un tout autre aliment il fallait un amour qui, comme un diamant. De vos brillants attraits put rehausser Taigrette.

Je bénis aujourd'hui celui qui, loin de moi.

Détourna vos aveux, égara votre foi.

J'ai senti d'assez près le vent de l'anathème.

0 honte ! pour ramper sous des baisers menteurs. J'aurais pu, dégradé de ma volonté même, Oublier de l'esprit les célestes hauteurs !

SONNET CXLVll.

Dans l'œuvre universelle il n'est rien d'isolé : Le métal en cristaux végète et s'organise ; La fleur a ses amours, et le ver qu'on méprise, Transformé lentement, dans l'air s'est envolé.

Des antres souterrains jusqu'au goufl're salé. Tout s'enchaîne, se suit, se déduit, s'harmonise. Dans la création il n'est point de méprise. Et Ihonmie, en aspirant au séjour étoile.

Relie aussi ce globe aux éclatantes sphères ; Et tout ce que son être enferme de mystères. Ces révélations qu'on [irend pour des hasards ,

Ces pouvoirs incomplets, ces éclairs prophétiques, Montrent, en approchant des races angéliques. De sens plus étendus les rudiments épars.

SONiNET XLVlll.

Non, la Forme, idéal de la pensée altière. Que l'artiste voyant incessanmient i)étrit. Qu'exalte le poëte et que Tamant chérit. N'est point inféodée à l'aveugle matière.

Elle n'a pas besoin ni de chair ni de pierre : Elle est par elle-même, et s'allie à l'esprit. Vainement pour les yeux elle change et périt. Elle vit immortelle ainsi que la lumière.

Ce corps spirituel dont nous parle saint Paul, Et qui doit avec l'àme un jour prendre son vol, C'est bien la Forme enfin épurée, immuable.

Dans l'homme complétant une autre trinité. De la Trinité sainte image véritable.

Elle devient le sceau de notre éternité.

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