RHYTHME IV
Ce n'est point une coquette
Bergerette Qui tient mon cœur enchanté ; Ce n'est une châtelaine
Noble et vaine Qui tait ma félicité ;
C'est, qui sait? une sylphide
Qui, rapide.
Argenté le bleu des airs ; Om bien peut-être l'ondine
Blonde et tuie, Aux yeux verdfitres et clairs;
Ou peut-èlix^ encor la fée
Attifée De joyaux mystérieux, Qui rayonne de prestige,
Et voltige Comme une Jlamme à nos yeux :
Ou Mélusine ou Morgane,
Diaphane Et blanche apparition, Qui chaque jour m'est présente.
Et m'e\emi»le De terrestre passion.
Vi"aiment,suruncliar(pi(*]cou(|ue
lue conipic Ou l'hippogriffe dispos.
Sitôt (jue sa voix m'invite.
Je visite Ou les astres ou les Ilots.
Pour cette étrange compagne,
En Espagne Je ne bâtis de châteaux, Mais plutôt, parmi l'ombrage
Du nuage, Des palais toujours nouveaux ;
Mais, sous les eaux sinueuses,
Écumeuses, DeB cabinets de corail.
Dont sans cesse, avec la houle
Qui les roule.
Se transforme le travail.
De rubis, de perle rare
Ne se pare Celle qui fait mes amours ; Velours, satin, brocatelle
Ni dentelle Ne composent ses atours ;
Mais pour elle je dérobe
Une robe Au bel orient vermeil , Un collier à la rosée
Irisée , Un diadème au soleil.
Si par hasard une plume,
Dans la brume Aux ondes couleur d'onyx.
Flotte sur son cou d'ivoire,
11 faut croire Qu'on l'a ravie au phénix;
Ou si quelquefois s'allie , Embellie,
l ne fleur à ses rlieveiix , C'est sans doute la sonore
Mandragore, Corolle aux chants merveilleux.
Aux eoncerts que je lui donne,
Ne résonne !Ni tliéorbe ni hautbois, Kt nul instrument de lête
Ne m'y prête I/assistance de sa voix.
Seule la harpe idéale ,
Sans rivale, Peut invoquer sûrement Cetle beauté dont la flanmie
Donne à l'a me l/essence du diamant,
Et jusqu'en la nuit profonde
De ce monde, En fait jaillir en tous sens De sa lumière infusée,
Attisée ï>es éclats éblouissants.
Ce n'est point une alchimie
Ennemie, ïne vaine illusion : , Quiconque, disciple ou mnîlre,
Dans son être En a subi Taction,
Comme engagé p;ir un pacle, S'il conlriicie
rlus d'iin sc\ùie (levoir, En lui-même aussi possède,
Sans autre aide.
Un invincible pouvoir.
Qu'il le profane ou s'y trompe
Qu'il en rompe Tout le prodige à dessein , A jamais il en renferme
" Quelque germe Qui s'irrite dans son sein.
11 peut s'y rendre indocile
Et stérile , Mais il ne saurait b;innii' Le reproche de sa chute.
Ni la lutte Du magique souvenir.
SONNET XXYIII.
La nature, dans nos climats, N'a i)oint , comme aux rives indique; Les splendeurs larges et magiques D'une atmosphère sans frimas.
Point de palmiers, terrestres mâts, Point de lianes magnifiques.
Point de plaines en mosaïques. De vallons aux riches amas ;
Mais ses merveilles plus modestes De rayons âpres et funestes Ne se voilent pas à nos yeux.
Moins brillante, elle est aussi belle ; Ses attraits sont tout gracieux, Et nous pouvons vivre avec elle.