‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 59 sur 167 · SONNET LXXXII · texte numérisé non relu

SONNET LXXXII

Aimez-vous les bas-bleus; ils se mettent partout : Paris, en vingt endroits, assemble des cohues D'imberbes jeunes gens et de femmes barbues, Qui sondent l'avenir et réforment le goût.

Telle qu'on voit poser, tête haute et debout, Inondant le pays de ses phrases accrues, Se fait brave à guider les cohortes des rues, Qui de se diriger ne vint jamais à bout.

Allez, jetez au vent votre nom de chrétiennes; Grands esprits ; insultez aux croyances anciennes • Là vos plus liers efforts doivent se consumer.

Mais cussiez-vous atteint votre l)ut formidable. L'ascendant du plus fort vivrait inviolable. Et vous ;uuiez gagné de vous faire eiifenrier.

SONNET LX.WIII.

Cirante qui n'avait au monde que ses os

Se lait riche à présent, et son ventre prospère.

Mais quoi, cet homme heureux s'est-il vu naître un père?

Recueiile-t-il le fruit de ses propres travaux?

Est-ce quelque inventeur de procédés nouveaux?* Nullement : il a pris la recette vulgaire, Et d'un coffre sans fond étayant sa misère. Laisse venir cà soi la fortune des sots.

Mais ses succès encor ne sont que des vétilles : Il sera l'héritier de soixante familles. Tout s'ouvre devant lui, salons et dignités.

Il peut choisir sa femme et choisir le collège Qui l'enverra trôner au rang des députés. D'être olfert en exemple il a le privilège.

Heureux de s'unir au cortège, Déjà même le chef d'une illustre maison Siu' ce bourbier d'écus veut plaquer son blason.

Comme il le juge en sa raison, In hymen si brillant vaut bien un peu d'intrigue. La lille le respire, et la mère le brigue.

Pour y parvenir on se ligue :

Et je ne réponds pas qu'avant quinze ou vingt ans, Un vieux nom qu'ont porté tant de fiers combattants.

Sonore et grandi si longtemps, r.ràce à cette union, ne tombe en apanage .\ux enfants du héros d'escompte et de courlage.

Page 1