SONNET CXV
Agésandre de Hliode et ses lils, liers esprits, j
(L'un fut Apollodore et l'autre Athanodore),
Enfermèrent jadis, dans un marbre sonore
Et fait à leur image, un symbole incompris, i
0 vieu.v Laocoon, ton supplice est le prix Dont le dieu du moment paie un cœur que dévore La vérité de l'art. Ah! de nos jours encore. Malheur aux courageux du sacerdoce épris î
Toujours ces grands serpents, le Mensonge et l'Envie,
Du groupe incorruptible empoisonnant la vie, ,
Font des enfants sacrés hurler la chaste voix;
Mais le prêtre, étouffant la plainte en sa poitrine , I
Lutte de ses deux bras, pour garder, sous le poids, In fronl (pii fasse honneur à l'épreuve di\iiie. I
SONNKT ex M.
Elle court : cependant que sa main gauche arrête Un cerf encor lancé, la droite à son carquois Va saisir une Ilèche, et, traversant les bois. Son regard déjà tient une victime prête.
Sur son pied qui soumet la plus superbe crête, Son beau corps se suspend, sans y jeter de poids; Son sein hardi se tend aux sauvages exploits. Et, tranquille, au-dessus plane sa noble tête.
Oui, c'est bien Diana, l'immortelle Artémis,
La vierge sainte et forte, et qui n'a point commis
A d'autre bras qu'au sien sa gloire et sa vengeance.
La chasteté sévère habite les forêts.
Et, fuyant les loisirs amis de l'indulgence,
Pour des combats sans tin se hérisse de traits.
SONNET CXVIL
En vain, pour que son nom reste justitié, L'artiste ambitieux dresse cime sur cime, Le temps usurpateur incessamment décime Au souvenir humain ceux qui l'ont délié.
11 vaut mieux qu'au hasard on se soit conlié ; C'est ainsi qu'un beau jour rejaillit de rabimo. L'homme (\m n'a laissé de son ciseau sublime Que le torse d'Alcide enfin déifié;
Et ce maître ignoré dans toutes les histoires Reprit soudain sa place aux savantes mémoires. Il a deux fois conquis son immortalité.
Déjouant à jamais la glose ridicule, Il a dit seulement à la postérité :
C'est A[»ol!onyos qui tailla cet Hercule.
SONNET CXVIJi.
l/Apolloii Pytliicn et le Gladiateur Sont l'œuvre tous les deux d'Agasias dEj)lièse, Et de ce double poids quand sa mémoire pèse, On ne sait rien de plus de ce grand créateur.
Encor qui sait cela? Quelque obscur amateur. La gloire en tous les temps ne fait rien quà son aise. Et plus tard il suffit que l'histoire s'en t;)ise. Pour que de son ouvrage on sépare l'auteur.
Que de frères peut-être eut cet archer sublime, Et que de compagnons ce vainqueur inconnu, Dont la forme pourtant jusqu'à nos yeux s'anime!
D'un autre le nom seul nous sera parvenu ;
Au plus noble héros comme au plus grand poëte,
L'immortelle couronne est rarement complète.