‹ Chant du soirChapitre 21 sur 30 · IMPROMPTU · texte numérisé non relu

IMPROMPTU

Sur réception de mon diplôme

NON, ce n'était pas un fantôme.

Un sylphe dans l'air emporté Il existait ce cher diplôme, Malgré mon incrédulité.

Et dans son langage admirable Il montre en pleine frondaison Notre antique feuille d'érable Ornant notre jeune blason.

Pour plaire aux yeux mille arabesques S'entremêlent aux lettres d'or, Et leurs caprices pittoresques Pont au diplôme un gai décor.

Quand je le tirai de sa tige — J'en fais candidement l'aveu — Mon cœur comme pris de vertige Faisait ma main trembler un peu.

Pensez ! un auteur sans diplôme !

Mieux vaut un chef sans escadrons, Mieux vaut un prince sans royaume, Un maître noq sans ses chaudrons !

Rien à payer ! Quelle surprise !

J'en suis encor tout interdit.

Siècle vénal que l'on méprise, Je mets le fait à ton crédit.

Ce diplôme — je n'ose y croire — On dit que je l'ai mérité.

Est-ce l'aurore de la gloire?

J'en doute, il m'a si peu coûté l

Or, la gloire coûte la vie, Et ma foi je me porte bien.

Pour vivre vieux j'ai bonne envie De n'écrire plus jamais rien.

Le paysan dort sur le chaume Et le soldat sur son laurier ; Moi je m'endors sur mon diplôme Chacun choisit son oreiller.

Mon fils est là qui me surveille Il est encor là près de moi.

C'est l'encre d'or qui l'émerveille.

Papa, pourquoi cet or, pourquoi ?

Dans leur attention discrète

Et de l'or sachant la valeur,

Ils ont voulu que le poète

En connut du moins la couleur !

BIOS IN PANTI

MÊME regret rasssemble autour de cette bière Tous ceux-là qu'il aimait et ceux qui l'ont aimé. L'irrésistible élan d'une même prière, Montant vers le ciel bleu, Dieu sourit, désarmé.

La mort qui l'a frappé nous attend à son heure. Nos fronts se coucheront sous son souffle glacé, Car dans le Temps hâtif tout fuit, rien ne demeure, Et nous passerons tous ainsi qu'il a passé.

Mais quand l'homme a fermé les yeux à la lumière

Il retrouve la vie au-delà du trépas

Et si durant le Temps il redevient poussière

Fait pour l'Eternité, l'homme entier ne meurt pa?.

L'espoir d'une autre vie immortelle et sereine Illumine la nuit si noire du tombeau.

0 poète vers qui le souvenir m'entraîne, Par-delà je te vois plus heureux et plus beau.

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