‹ Chant et poésieChapitre 66 sur 81 · UNE VIEILLE CHA.\SO · texte numérisé non relu

UNE VIEILLE CHA.\SO

Redites-moi* ce chant, que je trouve admirable. Comme Ton est heureux d'avoir talent semblable! Et cet air! oh! cet air si ravissant aussi... Mon roi, recommencez, asseyez-vous ici:

Venez, mon ménestrel, sur ce banc de verdure, Je n'ai rien entendu de plus doux, je vous jure ! Je vous reconnais bien, mais.... non pas autant moi. Est-ce que je suis donc si charmante? ô mon roi !

A son sourire, alors comme un sourire d'ange, Henri disait en lui : Jamais femme ne change !

C'est depuis ce jour-là que nous vint, je le croi, Le dicton populaire : Être heureux comme un roi.

Jamais les bataillons, ou les bruits de ferrailles

Des escadrons poudreux, revenant des batailles,

Et le drapeau de France, à la noble blancheur.

Se déployant au loin, flamboyant et vainqueur,

Pour entrer dans les murs des provinces conquises,

Aux retentissements des cloches des églises

Et des clairons bruyants, ne touchèrent son cœur:

Comme cette louange et ce succès d'auteur!

Est-il bonheur plus grand, que plaire à qui vous aime,

Avec une œuvre d'art, splendiile pour soi-même?

Henri quatre, éperdu, près d'elle s'approchant, Nomma tout bas l'auteur, et répéta son chant.

i M- VIEILLE CHA.NSON. !>•">

Il venait de linir; la note fugitive Vibrait encor dans l'air. — Elle lui dit, pensive : Mon Dieu! comme je t'aime ! et, pour moi, quel malheur! Si je mourais, Henri... car j'ai trop de bonheur.... — Est-ce que vous allez vous remettre en campagne, Et guerroyer encor contre ceux de l'Espagne? J'ai le pressentiment que si vous courez sus.... Eh bien! mon Henriot... je ne vous verrai plus.

Allons, bon! maintenant, te voici toute en larmes! Au diable la chanson, le départ et les armes. Ah! maudits Espagnols, si je vous tiens, un jour, 11 vous cuira d'avoir fait pleurer mon amour. Sois raisonnable! — A moins que dans ma Picardie Ils osent s'avancer; Tu Dieu! la mélodie Qu'ils chanteront parla.... Mais ils n'y viendront pas. Allons, pleureuse enfant, donnez-moi votre bras. Essuyez vos, yeux bleus, et sur vos lèvres roses Les sourires viendront en parlant d'autres choses. Ah! j'ai fait un beau coup ! disait le pauvre Henri.

— Je ne suis qu'une folle, et maintenant je ri.... On a, tu le sais bien, des moments de tristesse ; Cela ne prouve rien. L'autre jour, à la messe, J'avais le cœur si gros! et, je ne sais pourquoi, Que je m'en suis allée en pleurant. 6 mon roi !

96 IRE VIEILLE CHAXSO».

— Quel besoin donc as-tu d'aller chanter les vêpres? C'est bien fait !— Le mauvais!— Les cagots sont des lèpres!

— Oh! vilain huguenot!— Moi? non; Luther, Calvin, S'ils m'attrapent jamais, qu'ils sonnent le tocsin.

— Vous ne croyez a rien. — A toi, ma Gabrielle ! Je crois en Dieu surtout, qui t'a faite si belle !

Je crois à tes matins rayonnant sur mes soirs; Mais non pas, jei'avoue, à tous ces hommes noirs.... Je crois en ton amour, ma belle enchanteresse; Ne me reproche rien, Paris vaut une messe!... Qu'importe qu'ils soient grecs, juifs, chrétiens, musulmar Dieu n'a-t-il pas fait tous les hommes ses enfants?

— Vous êtes un démon, qui m'avez pris mon âme.

— Toi, l'envoyé du ciel, sous ta forme de femme. Il faut aimer la France, amie, autant que moi. Pour conserver l'espoir quand je suis loin de toi.

— Oh ! comme vous savez faire le bon apôtre ! Puisque tu m'aimes tant, voyons, chante-moi l'autre?

— Quel autre, mon amour? — Mais, le second couplet De ce chant ravissant que vous nous avez fait.

— Si tu veux deux couplets. . . Oh ! qu*à cela ne tienne. .. Je n'en ai fait qu'un seul, pour que l'on s'en souvienne

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