DENISE
Au bruit de son moulin, La semaine dernière, Denise, la meunière, Chantait dans son jardin :
« Que ne suis-je marquise !
Je serais belle aussi.
Je n'aime nul d'ici,
Nul d'eux n'est à ma guise....
Ah! le vilain village,
Et les vilains garçons !
Les vilaines chansons
Le vilain entourage! »
En passant, j'entendis, Delà belle meunière, La chansonnette entière, Et je vous la redis :
« Oui, si j'étais marquise, J'aurais de beaux atours; Puis, un banc de velours Au milieu de l'égiise.
DK.MSE. 9g
Moi, j'aime la noblesse, La beaulé, la grandeur:
Je préfère l'honneur, A la seule richesse. »
Voilà ce que disait, Denise, la meunière, A l'âme noble et fière.
Un prince l'écoutait...
En voyant son visage Au travers d'un buisson.
Il reprit sa chanson, Caché par le feuillage :
■ Si vous voulez, Denise, Vivre dans la grandeur:
Je serai le seigneur Qui vous fera marquise ! »
Elle^cueillait du thym,
Ou des fleurs; mais qu'importe :
Elle a fermé la porte,
La porte du moulin.