‹ ChanteclerChapitre 133 sur 157 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

LA FAISANE

Sur le langage des oiseaux 1

ClIAlHTi:CLEI\.

Ail?

LA FAISAN i; .

Car, tu sais, Les oiseaux, pour prier, parlent en vers français; Mais ils ont, pour parler entre eux dans les cépées. Un patois cristallin fiiit d'onomatopées.

CIIANTECLER.

Ils parlent japonais.

Le Pivert frappe de son Lee trois pclils coups : Toc! toc! toc! sur le Lois de Tarbre.

Entrez!

LE PIVEUT, apparaissant indigné.

.Japonais .►^

Oui-:

Les uns disent : « Tio ! tio I » et les autres : « Tzoui I tzoul 1 »

LE PIVERT

Les oiseaux parlent grec depuis Aristophane!

CHANTECLER, s'clançant vers la Faisane.

Ail! pour l'amour du grec!...

I!s se becquettent.

LE PIVERT

Sachez, jeune profane, Que le cri du traquet rieur : « Oui-ouis-tra-tra », Est la corruption du mot Lysistrata!

Il disparait.

LA FAISA>'E, à Cbantccler.

Tu n'aimeras jamais que moi.»^

On entend : Toc! toc! toc!

CIIANTECLER.

Entrez!

LA FAISANE, à Chantecler.

Parole?...

208 C II A M' ICC LE R.

LE PI VEUT .iii|>arait, liochant son bonnet

.< Tiri-Para! » cliaiile aux roseaux la roussorolle.

Du grec : « Para, le long ». Sous-entendu : « De l'eau »,

Il disparait.

C II AN TEC LE R, à la Faisane.

Il est coiffe du grec !

LA FAISANE

Dame ! il a pour calot Un petit bonnet grec!

Revenant h son icK'-e.

Suis-je tout pour toi ?

CIIANTECLER.

Certes 1 Mais...

LA FAISANE

Dans ma robe orientale à manches vertes, Je t'apparais comment."'

ClIANTECLER.

Comme iin ordre vivant De toujours adorer ce qui vient du Levant 1

LA FA1SAN£, qui commence à s'énerver.

Laisse un peu ton aurore incertaine, et préfère ('elle que dans mes yeux tu es plus sûr de faire!

Je n'oublierai jamais, cependant, qu'un malin Nous avons été deux à croire à mon destin, l']t qu'à l'heure héroïque où l'amour vient d'éclore Tu me passais ton or pour l'Aurore!

LA FAISANE, impatientée.

Ah ! l'Aurore !

Piciuls garde! Je ferai des^ bèliscs !...

Elle remonle.

C U .V N T E G L E R , sèchement.

Fais en !

ACTli: QUATIUEME. 209

L A FAISANE

J'ai rencontré dans la clairière...

Elle s'intorroni[>t, à dessoia.

CHANT ECLEU la regarde, pousse un cri.

Le Faisan?

El avec une violence subite.

Jiuv moi de ne plus aller dans la clairière 1

I. A FAISANE, qui sent qu'elle le lient, bonflissanl vers lui

El jure moi de m'aimer plus que la Lumière 1

CHANTECLER, douloureusement.

Oh!...

LA FAISANE

De ne plus chauler...

Qu'un chant I Ça, c'est promis 1

On entend : Toc! toc! tocl

En Irez!

LE PIVLRT, apparaissant, et, du bec, désignant le filet.

Le piège ! c'est le fermier qui l'a mis 1 Il a dit qu'il prendrait la Faisane.

LA FAISANE

Il se vante!

LE PIVERT, à la Faisane.

Et qu'il vous garderait à la ferme...

LA FAISANE, indignée.

Vivante I...

A Clianlccler, d'un ton de reproche.

A ta ferme ! . . .

C II -V-NT ECLER , voyant un lapin qui a reparu sur le seuil de son terrier.

Allons, bon ! un lapin qui ressort !

LE LAPIN, criant à la Faisane, en lui montrant le filet.

\ous savez, quand on met le pied sur le ressort...

aro Cn.VNTLCLER.

LA FAISANE, d'un ton sup-rieur, au Lapin.

Je connais les filets, mon petit... ça se ferme, El d'ailleurs, je n'ai peur que des chiens...

A Cbanlcclcr.

A la fciiiic...

Que lu regrellcs 1

C II A W T E C L E R , du ton de l'innocence outragée Moi ? ■*

LA FAISANE, au Lapin, en lui donnant une lape de son aile pour le faire rentrer.

Que des chiens 1 — Et, tenez!

Il faut que j'aille un peu, pour leur brouiller le nez. Croiser mes pas dans l'herbe et dans les vinaigrettes !

CIIANTECLER.

Oui, va brouiller le nez des cliiens !

LA FAISANE remonte pour sortir, puis revenant.

Tu la regrettes.

Ta ferme?

CnANTECLER.

Moi?... Moi?...

Elle sort. Il répclc encore, avec indignation ;

Moi?...

en la .suivant deb veux. Puis, à mi-voix, au Pivert.

Elle ne revient pas?

LE riA'ERT, qui voit au loin du haut de son arbre.

Nonl

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