ACTE QUATKIÈMC
Allons^ nous en !
LA FAISANE
Que vas-lu faire?
CUANTECLER.
Mon métier I
LA FAISANE, avec ftircur.
Quelle nuit resle-t-il à vaincre?
CUANTECLER.
La paupière !
LA FAISANE, loi montraDt la pourpre grandissante île l'Aurore.
Soit! tu réveilleras les dormeurs...
CUANTECLER.
Et Saint Pierre !
LA FAISANE
Mais tu vois que le jour s'est levé sans ta voix !
CUANTECLER.
Mon destin est plus sûr que le jour que je vois !
LA FAISANE, désignaat le corps du Rossignol, déjà à moitié di^parn dans la terre.
Pas plus que ce chanteur ta Foi ne peut renaître 1
UNE A"OIX , dans l'arbre, au-dessns de leurs têtes, fait tout à coup éclater la note émouvante et limpide.
Tiol Tiol
LA FAISANE, frappée de stupeur.
Un autre chante?
PAT ou, les oreilles frémissantes.
Et mieux encor peut-être !
LA FAISANE , regardant avec effroi dans le feuillage, puis dans la petite tombe qui se creuse.
Un autre chante quand celui-ci disparaît?
LA VOIX
Il faut un rossignol, toujours, dans la forêt!
CUANTECLER, avec exaltation.
Et, dans l'âme, une foi si bien habituée Qu'elle Y revienne encore après qu'on l'a tuéel
a38 CHANTECLER.
LA FAISANE
Mais si le soleil monte?
Kh bien, c'est que dans liiir Il avait dû rester de ma chanson d'hier 1
A ce moment, des vols mous et gris passent à travers les arbres LES HinOl'X, ululant de joie.
Il s'est tu !
PATOU, qui a levé la télé et les suit des yeux.
Les Hiboux, fuyant la clarté neuve, Sont rentrés dans le bois !
LES HIBOUX, regagnant leurs trous dans les vieux aiLrcs.
Il s'est tu!
CHANTECLER, toule sa force rcirouvée.
Et la preuve
Que je servais à la clarté quand je chantais.
C'est que tous les Hiboux sont gais quand je me lais!
Et niarclianl vers la Faisane, avec une sorte de défi.
Je fais venir l'.Vurore!... et je fais plus!
LA F.\ISANE, suffoquée.
Vous faites.^...
Car, dans les matins gris où tant de pauvres bétcs, S'cveillant sans y voir, n'osent croire au réveil, Le cuivre de mon chant remplace le soleil !
Et il remonte en disant :
Allons chanter!
LA FAISANE
Comment reprend on du courage Quand on douta de l'œuvre!*
On se met à l'ouvrage !
LA FAISANE, ave: une colore obstinée.
INIais si tu ne fais pas se lever le malin. ^
C'est que je suis le Coq d'un soleil plus lointain!
A cri: ot AI i; I iM R. a.><;
Mes cris font à la iSuit qu'ils percent sous ses voiles ('.(•s blessures de jour qu'on j)renJ pour des étoiles! Moi, je ne verrai pas luire sur les clochers Le ciel définitif fait d'aslres rapprochés; Mais si je chante, exact, sonore, et si, sonore, 1-lxact, l)ien après moi, pendant lonirlemps encore, Cha(jue ferme a son Coq qui chante dans sa cour, Je crois qu'il n'y aura plus de nuit 1
LA FAISANE
CIIANTECLER.
LA FAISANE
Va-t'en donc oublier notre forêt!
Quand?
Un Jour
CHANTECLEn.
Non certe, Je n'oublierai jamais la noble forêt verte Où j'appris que celui qui voit son rêve mort Doit mourir tout de suite ou se dresser plus fort !
LA FAISANE, d'une vois qui veut être insultante-
Ucnlre à ton poulailler, le soir, par des échelles!
Les oiseaux m'ont appris qu'on monte avec ses ailes !
LA FAISANE
Va voir ta vieille Poule au fond de son panier!
CIIANTECLER.
Ah ! forêt des Crapauds, forêt du Braconnier, Forêt du Rossignol, forêt de la Faisane, Quand elle me verra, ma vieille paysanne. Revenir de ton ombre où l'on souffre en aimant, Que dira-t-elle .■^
PATO U , imitant la vieille vois allendrie.
« Il a grandi »...
G II A N T E C L E R , avec force.
Certainement 1
II va pour sortir.
2^0 CllANlECLER.