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Chantilly (1485-1897)

Foici enfin un travail d'ensemble sur Chantilly. Cette magnifique demeure n avait été jusqu'ici l'objet que d'études partielles , souvent intéressantes , mais sans lien entre elles , indépendantes les unes des autres.

L'œuvre de Mme de Clinchamp comble donc une lacune. Tous ceux qui aiment les grands souvenirs de notre histoire nationale lui en sauront gré. Grâce à elle , nous voyons revivre Chantilly aux trois époques principales qui méritent d' attirer /’ attention de la postérité. D'abord lorsque le connétable Anne de Montmorency fait construire et décorer le petit château , ce joyau de la Renaissance , qui a heureusement survécu à toutes les révolutions. Les grâces élégantes d'une architecture dont l'Italie nous donne l'exemple s'y épanouissent dans leur fleur.

Puis c'est le Grand Coudé , transformant le caractère féodal de la vieille forteresse , canalisant les eaux maréca-

Introduction

geuses qui en rendaient l'accès si difficile , et y amenant ces sources jaillissantes a qui ne se taisent ni jour ni nuit ». Il ne se contente pas d' assainir et d embellir la résidence qu'il tient des Montmorency par sa mère. Il y attire , il y reçoit et il y retient l'élite de la société du xvne siècle. Princes du sang , princes étrangers et princes de l' Eglise, grands seigneurs , diplomates , hommes de guerre , artistes , écrivains, poètes et prosateurs y trouvent l'accueil le plus cordial et l hospitalité la plus magnifique . Sous les anciens platanes de l allée des Philosophes , Boileau a conversé avec Bossuet, avec Fénelon , avec La Bruyère , arcr le futur maréchal de Luxembourg , avec Torcy et Pontchartrain. Sur un théâtre aujourd'hui disparu, Molière et Racine ont fait jouer leurs pièces. Dans les immenses cuisines où se voient toujours les broches énormes qui servaient èi faire rôtir les quartiers de venaison, les moutons et les bœufs entiers , Vatel s'est percé de son épée parce que la marée allait manquer à la table du Roi et des six cents convives de la suite royale.

Ce qui caractérise la maison de Coudé, c est la magnificence, le goût de la représentation , la volonté de faire honneur à une grande situation et à une grande fortune, l'art d organiser des fêtes et des divertissements . Tous les princes de cette maison ont eu en partage les mêmes qualités comme un héritage de famille. Les descendants du Grand

( Il )

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Coudé continuent la tradition quil leur a léguée. Non seulement les rois de France , Louis XIV , Louis XV, Louis XVI, mais les souverains étrangers, le roi de Danemark, le prince héréditaire de Prusse, le futur empereur et la future impératrice de Russie voyageant sous le nom de comte et de comtesse du Nord, le roi de Suède Gustave III font à Chantilly des séjours marqués par des séries de fêles ininterrompues. On leur offre des chasses en forêt, des promenades en barque sur le canal, des banquets, des représentations théâtrales, des ballets, des comédies, l'opéra, des illuminations, des feux d'artifice. Chaque jour on leur ménage une surprise ingénieuse ou magnifique . Les revenus de la maison permettaient ces fastueuses dépenses. Nous possédons les comptes de Chantilly et des autres domaines. Dans les années qui précédèrent la Révolution, on y dépensait entre trois et quatre millions de livres par an.

Les princes de la maison de Coudé ont aussi un autre trait de caractère commun. Ils aiment tous à bâtir, chacun d'eux marque sa trace par des constructions nouvelles. En 19, c'est le duc de Bourbon qui commence les Grandes Ecuries, construction colossale, presque unique au monde, où il engloutit trente millions pour loger les chevaux et les chiens, les meutes du cerf, du sanglier, du chevreuil, aussi magnifiquement que les hommes, dans un palais. Un peu

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