‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 11 sur 91 · LOIRE · texte numérisé non relu

LOIRE

Palissy, Goujon, Bullant, etc. ; l’art antique le passionne, et c'est par convois qu'arrivent les marbres d'Italie. Il admire et protège les monuments anciens ; Nîmes doit au connétable, qui était gouverneur du Languedoc, la conservation de la Maison Carrée.

À l’avènement de Henri IT, dont l’amitié lui avait toujours été fidèle, le connétable revint à la cour en triomphateur et reprit l'exercice de ses hauts emplois. Au cours de son règne, le roi fit de fréquentes visites à Chantilly; ce beau domaine devint membre dépendant du duché-pairie de Montmorency lors de l’érection de 1551 ; le connétable s’y retira de nouveau lorsque la disgrâce le frappa pour la seconde fois en 1559. Il y recueillit ses petits-enfants Turenne, dont la mère, Éléonore de Montmorency, était morte en 1556, et dont le père avait été tué à la bataille de Saint-Quentin. Henri de La Tour d'Auvergne a consacré une page de ses mémoires au séjour de son enfance à Chantilly : « Une sœur que j'avais et moi fûmes menés, à l’âge d'un peu plus de trois ans, à Chantilly, où étaient Anne de Montmorency, connétable de France, et Madeleine de Savoie, sa femme, nos grandspère et mère. Sur les six ans de mon âge, on me donna un gouverneur, un précepteur, un valet de chambre etun page. Mon précepteur commença à m’enseigner la langue latine et les premiers rudiments de la sphère et des

-cartes, à quoi je profitais beaucoup, et avec plaisir. Mais

Madame la connétable, une des superstitieuses de son temps, prit fantaisie que les sciences me feraient être de la religion en laquelle Dieu m'a appelé en son temps, qui fut cause, à mon grand mal, de me faire ôter mon précepteur, et par là le moyen d'apprendre les langues et la philosophie... Je demeurai au dit Chantilly jusqu’à dix ans, où, pour bonheur, j'eus la bonne grâce de mon grand-père, dont j’admirais la vertu et la sagesse... ».

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Au moment où les petits Turenne arrivaient à Chantilly (octobre 1559), on couvrait « la galerie de Chantilly » : le travail paraît d'importance ; les hommes d’affaires du connétable, Regnault de Lavoizier, Toussaint Barrin de Vincelles, en sont fort occupés ; le maçon de Chantilly, Pierre Desilles, débat le prix avec un couvreur de Paris, Pierre Gobert. Il s’agit évidemment d'un travail neuf, et je pense que cette galerie faisait partie des bâtiments du petit château, dont nous aurions ainsi la date de construction. Une lettre de 1563 mentionne « le corps d'hôtel du logis neuf », probablement le petit château récemment édifié. Ce précieux monument du xvr* siècle, demeuré intact, est digne du talent de Jean Bullant, à qui on en fait honneur, bien que lui-même ne mentionne pas Chantilly dans la dédicace de sa Reigle généralle d’architecture, datée de 1564, où il se borne à dire que le connétable l’a « toujours occupé et entretenu aux œuvres de son château d'Écouen ». Le « maçon » de Chantilly est alors Pierre Desilles, « maître des œuvres de maconnerie du roi à Senlis ». Il convient cependant d’ajouter que Desilles paraît avoir été plus tard sous la direction de Jean Bullant, que l’on rencontre à Chantilly, entre autres fois, en mai 1505.

À partir de 1561, la situation politique est fort troublée, et le connétable n’a guère le temps de s’occuper de ses domaines; sa femme le supplée virilement, et c'est à elle qu’on rend compte de tout. En mars 1563, on dresse les inventaires des meubles, des tapisseries et de l’armurerie de Chantilly, précieux documents perdus ; la femme de charge, Jeanne Auzoult, passe une inspection générale, sans oublier la « librairie », et donne des nouvelles du

ménage : « M. et M'° de Turenne se portent bien,-et me

semble que M. de Turenne se sent déjà de son gouverneur..::. Quant à vos chiens et oiseaux, tout se porte

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bien, et vos perroquets se sentent déjà du nouveau temps. Les huiles sont entonnées dans vos tonneaux. Quant aux langues de baleine, elles sont là où vous avez commandé ; M. Lemaïtre les a fait ensausser par un petit trou... Quant aux jambons, il n’y aura point de faute qu'ils ne soient pendus où vous avez commandé ». En ce même mois de mars, l’intendant général, Jean d’Alesso, sieur de Lezeau, vient de Paris à Chantilly : « J'ai vu votre ménage en Bucamp, vos poules, vos pourceaux,

vos vaches et vos veaux, qui se portent bien... J'ai été en vos greniers, où les blés sont bien soignés... Votre boulangère fait bien son devoir... Leconte fait bien

accoutrer le parc ».

Le connétable est alors sur la Loire avec Catherine de Médicis ; c'est le temps de l’édit d’Ambroise, et la situation est plus troublée que jamais. En 1564, il est en Languedoc, en Provence, en 1565 à Bayonne, puis en Bretagne, en Touraine, à Blois ; ce n’est qu’en 1566 qu'il peut passer le printemps à Écouen et à Chantilly. Il y revient à l'automne, puis au printemps de 1567, y recoit la reine le 22 avril. En dépit de son grand âge, soixanteseize ans, il reprend le harnais lorsque le devoir le commande, et tombe, les armes à la main, à la bataille de Saint-Denis, le 10 novembre suivant.

François de Montmorency, fils aîné du connétable, hérita des goûts de son père ; lui aussi cultiva les lettres et les arts, mais avec plus de lumières. Laurent Joubert, dans l’épitaphe qu’il lui a consacrée, le qualifie bonarum artium et scientiarum conjunctione inter nobiles clarus, litteratorum fautor præcipuus. Maréchal de France, un moment grand-maître, gouverneur de Paris et de l’Ilede-France, il ne put guère s'occuper de Chantilly, où d’ailleurs sa mère garda la haute main d’après la volonté du connétable. C’est Madeleine de Savoie qui commande ;

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