FRANÇOIS DE MONTMORENCY
demeurèrent inconnus en dépit de toutes les recherches. Agrippa d'Aubigné se montre plus explicite : « Quelques jours après, un valet du duc de Montmorency, nommé Antoine, alla de nuit à Montfaucon, seul, avec tenailles et marteau pour rompre les chaînes desquelles ce corps était attaché. Il le dépendit, l’apporta à Chantilly, et là le fit consumer dans la chaux. Les os, gardés jusqu’en l'an huitante deux (1582), furent apportés à Montauban, donnés à la princesse d'Orange, fille de l'amiral, gardés dans un cabinet d’'Hollande jusqu'en l’an 1608, et lors posés dans un tombeau de marbre à Châtillon-sur- Loing ».
Les documents de Chantilly ne font pas mention de cet épisode tragique ; on n'y trouve que des détails de ménage et des ordres de travaux. De Saint-Germain-en- Laye, Madeleine de Savoie écrit le 17 janvier 1574 au capitaine de Chantilly : « J'ai reçu votre lettre, ensemble les boudins et saucisses que m'avez envoyés, lesquels j'ai trouvés fort bons. Je suis bien marrie que ma fille de La Trémoille ait été malade comme me mandez; toutefois je loue Dieu qu'elle et mes autres petits-enfants et tout mon ménage se portent bien. Je trouve bon que vous fassiez fumer et amender mes prés; mais d'y faire relever les fossés je ne suis pas d'avis que vous y fassiez besogner plus tôt que le mois de mars ». Le duc François recommande au receveur de payer régulièrement les gens de l'écurie de ses grands chevaux ; il signale les travaux à faire dans son appartement, qui occupait l’angle occidental du grand château, les fenêtres donnant sur le petit jardin de la Volière et sur la prairie vers Vineuil. Il ne devait plus guère l’occuper, car il mourut le 6 mai 1579, sans laisser d'enfant de Diane de France, fille naturelle de Henri II, qu’il avait épousée en 1557. Son frère Henri, jusqu'alors connu sous le nom de Damville, gouverneur
du Languedoc, lui succéda aux titres de duc de Montmorency et de seigneur de Chanülly. Le troisième frère, Charles, seigneur de Méru, prit le nom de Damville. Le quatrième, Gabriel, baron de Montberon, avait été tué à la bataille de Dreux. Le cinquième était Guillaume, seigneur de Thorey-en-Tonnerrois. La veuve de François, Diane de France, fut titrée duchesse d'Angoulême. La veuve du connétable, Madeleine de Savoie, vivait encore (elle mourut fort âgée en 1586). Les deux femmes, aidées par Damville et Thorey, gouvernèrent Chantilly en l'absence du nouveau duc.
De 1574 à 1594, Henri de Montmorency fut retenu en Languedoc par les événements politiques, les luttes religieuses, la guerre contre l'Espagne. Fidèles à l'autorité royale, les Montmorency étaient les plus marquants des ennemis de la Ligue. Or, dans le nord de la France, la Ligue tenait la plupart des villes, et Chantilly était pris comme dans unétau entre Paris, Senlis et Beauvais. Jusqu’à la fin de 1588, on ne parut redouter aucun danger ; mais après l'assassinat du duc de Guise (23 décembre 1588), les mesures violentes prises par le conseil de la Ligue rendirent la situation menaçante ; il était prudent de mettre Chantilly à l’abri d’un coup de main. On ne pouvait compter, en cas de surprise, sur la population ordinaire du château, une trentaine de serviteurs, hommes et femmes. Par ordre de la duchesse d'Angoulême, Chantilly reçut garnison le 4 janvier 1589. Ce n’était pas une vaine précaution.
Le 26 avril 1589, Thorey, qui avait pu s’aboucher secrètement avec les royalistes de Senlis, réussit à pénétrer dans la ville avec une troupe d'hommes d’armes et à la remettre sous l'autorité du roi. Connue le lendemain à Paris, la nouvelle causa une grosse émotion. Le duc d'Aumale partit aussitôt avec une petite armée pour
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