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tifice qui allait jouer » et qui s'ouvrit par une foule de fusées. « Il y avait deux feux, l’un de terre, l’autre d’eau. Celui d'eaucommencça d’abord sous les yeux du roi, dans le bassin dela Gerbe,où nageaient quantité de dauphins, de cygnes, de dragons et d’autres animaux aquatiques dont les corps transparents semblaient être composés
d’un feu solide et animé. Quelques monstres marins de
pareille composition étaient rangés autour du même bassin, au milieu duquel ils vomissaient de leurs gueules béantes des bouffées de flammes, qui, s’entrechoquant avec celles que vomissaient à leur tour les animaux qui nageaient, représentaientunetempèête d'éclairs bruyants. ‘ La grande clarté que répandaient sur l’horizon les fusées volantes qu’on tira d’abord facilita l’approche de deux flottes qui formaient deux partis ennemis, savoir l’une de Chinois qui venait dela droite du canal, et l’autre de Turcs qui venait de la gauche. Les bâtiments chinois étaient construits en figures de dragons, couronnés de falots, équipés de leurs mâts, banderoles, étendards et pavillons. Les bâtiments turcs avaient leur proue en forme de croissant, dont les cornes portaient deux falots; ils étaient aussi équipés de leurs mâts, étendards, banderoles et pavillons. Tous ces bâtiments étaient éclairés d’ailleurs de tant de pots à feu qu’on les croyait fabriqués d’un bois qui brülait sans se consumer. Les matelots de ces deux flottes étaient habillés à la mode de leur nation ; on les distinguaitaussi aisément sur les flots que s'ils s’y étaient montrés en plein midi. Lorsque les deux flottes s’approchèrent, elles commencèrent un combat naval par une
infinité de ballons d’eau, ballons d'air, trompes, fou=
gades, saucissons volants, fusées d'air et d’eau, et plusieurs autres artifices accompagnés du feu continuel du canon, qui ne cessa de tirer tandis que l’action dura... De la surface du canal partait encore une foule de dau-
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phins, de dragons, de serpents et de poissons de toute espèce, comme autant d'oiseaux de feu... Ces artifices merveilleux redoublaient à mesure que les deux flottes ennemies s’avançaient : elles se livrèrent l’assaut le plus vigoureux quand elles furentarrivées au bout dela Manche, et parurent enfin couler à fond au travers d'un orage tonnant de feu et de fumée. Aussitôt deux dauphins d’une grandeur énorme se présentèrent sur le bord du canal et vomirent l’un contre l’autre une infinité d'artifices dont ils étaient pleins... Ce fut par là que finit l’action du combat naval... ». On aperçut alors dans le lointain, au bas du Vertugadin, un admirable soleil d'artifice qui, pendant une demi-heure, darda cent rayons d’une splendeur éblouissante ; il était environné d’une légende latine en caractères de feu : Orbis Amor. Sa disparition fut suivie du feu d'artifice de terre, tiré sur le Vertugadin. « Le tour du Vertugadin était bordé d’un grand nombre de caisses, qui formaient les ailes du corps d'artifice, placé au centre et composé de quarante grosses caisses pleines de pluie d’or ». Les caisses du tour jouèrent deux à deux pendant une demi-heure, « puis le corps d'artifice joua tout à la fois. et produisit des éclairs et des tonnerres innombrables qui enfantèrent un déluge de pluie d’or, laquelle, après avoir formé au-dessus de tout le grand jardin une voûte immense où tous les astres du firmament semblaient briller, s’'évanouit enfin comme un spectacle magique ».
Pendant ces quatre jours, Chantilly fut un palais de
féerie, et le contrôleur général de la maison, Destin, plus
heureux que Vatel, se couvrit de gloire en assurant le logement et la nourriture d’une infinité de personnes, des plus illustres aux plus humbles. La place manquant à Chantilly, on avait tout réquisitionné à deux lieues à la ronde, de Senlis à Coye, à la grande joie et au profit
des habitants; en outre, de nombreux baraquements avaient été édifiés sur la Pelouse, dans l’avant-cour, le fossé sec, et en différents endroits du parc. Au château, le roi mangea toujours seul à son grand couvert, servi par ses officiers ; huit tables de vingt-cinq couverts et une de seize furent remplies chaque jour, tant au dîner qu’au souper. Puis les tables de la suite et des serviteurs : table de dix-huit couverts pour le premier médecin du roi ; deux tables de vingt-cinq couverts pour les gentilshommes de la chambre du roi et du régent ; une de trente-six couverts pour les pages ; huit tables de vingt-
cinq couverts pour les valets de la cour. À l'hôtel de
Limoges (aujourd’hui hôtel d'Angleterre à Chanülly), six tables de vingt-cinq couverts pour les acteurs, actrices et musiciens : deux tables de trente couverts au château de Coye pour les Comédies française et italienne; tables à la Ménagerie et à Sylvie. Et que de monde subalterne à nourrir : cent gardes du roi, trente-deux cent-suisses, quatorze gardes de la porte, trente-deux gardes de la prévôté de l’hôtel, deux cents soldats des gardes françaises, cent soldats des gardes suisses; quatre cents officiers ou garçons de la cour, cent cinquante suisses pour servir, quatre cents ouvriers pour les ouvrages et manœuvres. Il fut consommé en quatre jours soixante mille bouteilles de vin et cinquante-cinq mille livres de viandes de boucherie. Tout le peuple de la contrée se mêlait aux réjouissances, jouait, chantait, dansait avec les soldats ; la Pelouse était un véritable champ de foire où se pressaient «les habitants de ce nouveau pays de Cocagne».
Le roi revint à Chantilly en 1724 et y passa tout le mois de juillet. « Chantilly est le plus beau lieu du monde », dit dans ses Mémoires le maréchal de Villars, qui était du voyage, « et M. le Duc y fit une dépense prodigieuse..…. Il n'était question que de chasse, de jeu
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