‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 6 sur 91 · AT SERRES · texte numérisé non relu

AT SERRES

belles peintures du célèbre manuscrit du duc de Berry conservé au Musée Condé.

Le procès intenté à l’abbaye de Saint-Denis se termina, après la mort d'Amaury, par le désistement pur et simple de son fils Pierre (10 janvier 1401). Celui-ci était jeune encore. Le duc de Bourgogne l'avait nommé son échanson le 10 novembre 1397, et Amaury l'avait émancipé le 31 juillet 1399. Par contrat du 18 mai 1405, il épousa Jacqueline Paynel, sœur de Foulque IV, seigneur de Hambye; les Paynel comptaient au nombre des plus riches familles de la Basse-Normandie. Les frères de Jacqueline lui constituèrent une dot de 1.000 francs d’or et une rente annuelle de 200 livres tournois. Pierre II d'Orgemont augmenta son domaine aux environs du château en achetant, en 1413, un fief à Quinquempoix, composé de 96 arpents de terre et 90 arpents de bois. Il ne put faire davantage, car il fut tué à la bataille d'Azincourt le 24 octobre 1415, laissant trois petits enfants, Pierre, Marie et Marguerite. Peu après, sa veuve réclama la garde d’une autre enfant, sa nièce Jeanne Paynel, héritière de Hambye, dont la fortune était convoitée par de puissants seigneurs ; la requête présentée en son nom a été résumée par le greffier du Parlement dans les termes suivants : « Dame Jacqueline de Hambye dit que l'enfant est sa nièce, à laquelle elle ne doit point succéder. Elle ajoute qu’elle est vaillante dame et de moult bel gouvernement ; aussi serait moult bien l’enfant avec elle. Elle dit qu’elle est moult bien logée au château de Chantilly, qui est bel et fort et où l’enfant sera très bien ». Par arrêt du Parle-

ment, l'enfant lui fut confiée au mois de juillet 1416. Un

an plus tard, un autre arrêt décida qu'il serait attribué à Jacqueline, sur les revenus de Jeanne Paynel, une provision annuelle de 300 livres tournois pour subvenir aux

frais de garde, de nourriture, d’habillement et d’instruc-

tion de l’enfant, soit environ une dizaine de mille francs.

Jacqueline avait le droit de se qualifier de « vaillante dame » ; elle appartenait à une patriotique famille dont tous les membres défendirent pied à pied le sol national contre l'invasion anglaise, et se retirèrent ensuite au Mont-Saint-Michel, où ils figurèrent au premier rang de la défense. Un seul fit défection, Bertrand Paynel, seigneur d'Olonde, dont le fils Jacques se rencontrera tout à l'heure à Chantilly. Mais Jacqueline demeurait veuve au moment où le pays des environs de Chantilly allait devenir le théâtre d’une lutte acharnée entre les Bourguignons et les Armagnacs. Elle tenait pour ce dernier parti, et ne vit pas sans inquiétude des châteaux très rapprochés, et surtout les villes de Senlis et de Pontoise, passer avant la fin de 1417 sous la domination de Jean Sans-Peur. Placé dans un si dangereux voisinage, Chantilly ne pouvait rester sans chef, et, au printemps de 1418, Jacqueline Paynel épousa en secondes noces Jean de Fayel, vicomte de Breteuil, chaud partisan du dauphin. Ce second mariage eut une conséquence bizarre ; la dame de Chantilly dut se séparer des trois enfants qu'elle avait eus de Pierre d'Orgemont ; ils furent confiés au gouvernement de leur grand’mère, Marie de Paillart, veuve d'Amaury (4 avril 1418).

Chantilly était alors en plein théâtre de la guerre; le connétable d'Armagnac assiégeait Senlis, dont il ne put s'emparer; il se retira le 20 avril, et le vicomte de Breteuil le suivit à Paris. Le 29 mai, la capitale tomba par surprise au pouvoir des Bourguignons; le seigneur de Chantilly fut jeté en prison, dépouillé de ses vêtements et de ses joyaux, et dut payer rançon pour recouvrer sa liberté. Il regagna sa forteresse de Chantilly, et, loin de rester sur la défensive, ne cessa de guerroyer contre les Bourguignons de Senlis, de Creil et des places voisines.

Les archives municipales de Senlis conservent des documents relatifs à ces incursions du vicomte de Breteuil. Ainsi, au printemps de 1419, les deux partis, épuisés, concluent une trêve de trois mois ; le matin même de l'armistice, 31 mai, Breteuil fait enlever par ses gens d'armes un troupeau de vaches appartenant à Saint-Martin de Senlis. Vers la mi-septembre, il ne craint pas de sommer les habitants de Senlis de faire leur soumission au dauphin ; le 29, les Senlisiens lui répondent qu'ils garderont la ville pour le roi et qu’ils sont assez forts pour se défendre et vouloir la paix.

L'alliance entre les Anglais et les Bourguignons aggrave alors la situation et ralentit l’ardeur guerrière du vicomte de Breteuil ; en mai 1420, une trêve est conclue entre Chantilly et Senlis ; les bourgeois autorisent même Breteuil et ses gens à s’approvisionner chez eux. A l’automne, un incident risque de rallumer la guerre : la garnison bourguignonne de Baron s’est emparée d’un convoi destiné à Chantilly, après avoir tué le principal conducteur. Jean de Fayel rendit les Senlisiens responsables de ce guet-apens, et leur adressa de telles menaces qu'ils s’empressèrent de lui faire restituer chariots et chevaux ; non content, il réclama en outre le corps de l’homme tué, ajoutant : « S'il y a débat et guerre entre vous et moi, ce sera à votre très grande et excessive charge, et non pas à la mienne ; etcomme nos conventions portent que nous ne devons faire guerre ni dommage les uns aux autres sans le faire savoir deux jours francs avant, je vous fais savoir que, si je n'ai pleine restitution de tout ce que ceux de Baron ont pris et détroussé, je vous grèverai et dommagerai de tout mon pouvoir mardi prochain passé » (9 novembre). Le lundi 11, les Senlisiens décident « qu'on écrira devers le dit seigneur de Chantilly une lettre amoureuse, afin de soi pourvoir toujours le mieux

qu'on pourra ». Enfin, trois mois après, la mort les débarrassa du terrible voisin, et Jacqueline Paynel, de nouveau veuve, sollicita une trêve que les bourgeois s’empressèrent de lui accorder le 25 mai 1421, mais en stipulant que toute communication serait interdite entre leur ville et Chantilly. |

Le château des Orgemont était si renommé pour la force de sa position qu on y apportait ce que l’on avait de précieux pour le mettre en sûreté ; ce fut un dépôt de ce genre qui porta malheur à la veuve du vicomte de Breteuil et la mit dans la nécessité de rendre sa forteresse, vers la fin de 1421, aux Anglo-Bourguignons. En 1417, Pierre de Marigny, avocat pensionnaire du duc de Boursogne, et suspect aux Armagnacs, avait prié la veuve de Pierre d’'Orgemont de donner asile à Chantilly à quantité d'objets rares et précieux, meubles, livres, bijoux, argenterie, tirés de sa maison de Luzarches et de son hôtel de Paris. En 1420, la situation politique n'était plus la même; Pierre de Marigny comptait parmi les puissants du jour, tandis que le second mari de Jacqueline Paynel était considéré comme un ennemi public. Marigny voulut alors se faire rendre les objets qu'il avait confiés à Jacqueline Paynel et dont il n’estimait pas la valeur à moins de quatre mille francs. Bureau de Dicy, seigneur de Luzarches, se chargea de la négociation, et le vicomte de Breteuil consentit à rendre le dépôt contre une somme de cent francs d’or. Mais Pierre de Marigny, rentré en possession, prétendit qu’on ne lui avait remis qu'une partie de ce qu’il avait autrefois déposé, et refusa de verser la somme promise. Grande colère du seigneur de Chantilly, qui menaça de guerre son voisin de Luzarches, et grand émoi de ce dernier, qui somma Pierre de Marigny de payer les cent francs d'or ou de rendre les objets restitués. Le procès durait depuis plus d'un an, et le

NT ER POI AAA PRIT A EEE CA ARS ARE EE ONE re SA TER A TT ES ENTRE LR ET AIN PANNE TOUR Er ES

s De: L #4 CAT PEU EURE Lin [2 MAR LE LE UM LU de LOAEAUTRNTENT DT PE TAN TRANS 1 018

DATA NA gag AU 4 tbe # se VAN DES Me LR ART D A LU M EP nt ed OI Sr LU A UE pr Te pre , 44 7 « NO y? # ras j

vicomte de Breteuil était allé de vie à trépas, lorsque Pierre de Marigny, devenu garde de la prévôté de Paris, résolut de brusquer l'affaire par voie extra-judiciaire ; à

son instigation, le Grand Conseil, au mois de septembre 1421, décida que le château de Chantilly serait investi, et que Jacqueline Paynel serait mise en demeure de rendre la forteresse et de « jurer le traité de Troyes », en d’autres termes de prêter serment de fidélité à Henri V comme à Charles VI. Dans l'espoir de convaincre plus facilement la dame, le Grand Conseil confia le commandement de la troupe à un cousin de Jacqueline, Jacques Paynel, seigneur d’Olonde, qui s'était rallié au parti anglobourguignon. Jacques sut persuader sa cousine, qui se trouvait d'ailleurs dans une situation difficile, étant veuve et responsable de deux mineurs, son fils Pierre et sa nièce Jeanne Paynel ; elle livra la place sans coupférir et se mit en l’obéissance du roi avec toute la population du château, qui comptait vingt-cinq personnes nobles, dont sept écuyers, un chapelain, et une vingtaine de serviteurs des deux sexes. La liste en est donnée dans les lettres d’absolution pleine et entière qui furent délivrées par la chancellerie de Charles VI au mois de novembre suivant : en tête des écuyers figure le fils de Jacqueline, Pierre d'Orgemont, qui n'avait que quinze ans; les autres écuyers étaient Gilles de Lorris, Guillaume de Gisay, Pierre de Belloy, Simon Paullet, Jean de Villers et Phelippot de Morency ; leurs femmes et enfants habitaient le château avec eux, ainsi que deux nobles veuves, Jeanne de Saint-Jean, veuve de Regnault de Versailles, et Agnès de Plailly, veuve de Laurens de la Fontaine, chacune ayant une fille.

En dépit de l’absolution concédée à la dame de Chantilly, Pierre de Marigny recommenca ses poursuites ; Jacqueline Paynel ne parvint à s’y soustraire qu'en se faisant

octroyer, en septembre 1423, une confirmation de la grâce royale. Get acte, conçu en termes plus explicites que le premier, déclarait Jacqueline Paynel « quitte et absoute à plain de tous les cas, méfaits, crimes, délits, et aussi des courses, pilleries et roberies faites par ceux qui onttenu le dit châtel,.… sans queelle puisse être poursuivie ni tenue en procès en quelque manière que ce soit. ». Il y avait déjà près d’un an que Jacqueline avait donné un gage définitif de l’accession des d’Orgemont à la cause anglo-bourguignonne en mariant son fils, Pierre III, à Marie de Roye, fille du seigneur de Roye et de Marguerite de Ghistelles ; le contrat fut passé le 11 novembre 1422 par devant Mathieu d'Encre, notaire à Senlis (Siméon Luce, Jeanne Paynel à Chantilly).

Nous trouvons une description de Chantilly dans l’aveu et dénombrement fourni en 1426 par Pierre III d'Orgemont : d’abord l’enceinte fortifiée, « Le châtel, la maison, la basse cour », enveloppée par le « vivier du Val de Marchié » au sud, depuis la chaussée de Paris « jusques au ru de la fontaine » qui prendra plus tard le nom de Sylvie ; « le vivier derrière le châtel », c’est-à-dire le large fossé qui enveloppe le château depuis la chaussée de Paris jusqu'à la chaussée de Vineuil ; au nord, « l'étang neuf au long du parcet devers la rivière » ; la contenance de cet étang, 16 arpents, indique que la prairie avait été inondée en vue de la défense, le vivier du sud ne contenant que 6 arpents, et le vivier « derrière le châtel » 5 1/2. Près de celui-ci se trouvaient les jardins, d’une. contenance de 5 arpents; une trentaine d'arpents de bois situés dans le parc, 56 arpents de terre formant la partie occidentale de la Pelouse jusqu'à la vallée de Sylvie, 62 arpents de prés dans la vallée de Îla Nonette, le cours de cette rivière depuis le bas de Saint-Firmin jusqu'au « gué Saint-Leu » (vers l'ile

d'Amour), composaient les dépendances immédiates du château. À cette époque, les Anglo-Bourguignons sont les maîtres incontestés du pays; ils n’exercent aucune violence, et l’on recommence à cultiver la terre. L’accalmie fut de courte durée ; l’arrivée de l’armée de Charles VII en 1429 ramena les horreurs de la guerre ; amis comme ennemis saccageant et dévastant, la ruine fut bientôt complète. Après avoir été chassés de Senlis et des places de l'Oise, les Anglais reprirent l'offensive ; ilest probable que Pierre d'Orgemont se déclara pour eux, car, au mois d'avril 1430, la ville de Senlis fut menacée de représailles par le capitaine de Chantilly, Robert de Plailly, dont le clerc et un valet avaient été « faits prisonniers par M. le bailli et messire Jean de Brie, lieutenant de M. de Vendôme, capitaine de Senlis ». La réponse ne se fit pas attendre : « En icelui temps, dit la Chronique Martiniane, fut pris par Antoine de Chabannes le château de Chantilly, où 1leut plus de profit que de perte ». Dans le règlement fait par Charles VIT pour la défense des places le ro avril 1432, il est dit « qu’en la ville et châtel de Creil et au châtel de Chantillyil y aura cinquante hommes d'armes et cent hommes de trait pour la garde des dites places ». Mais les Anglais reprirent Creil en 1434 et le gardèrent jusqu'en 1441. Durant ces sept années, la luite fut acharnée, parfois même sauvage. Le couvent et le village de Saint-Leu d'Esserent furent brûlés en 1436 par les Anglais, qui allaient porter l’épouvante jusque sous les murs de Senlis. Les villages se dépeuplèrent rapidement, les campagnes devinrent désertes, et la terre ne fut bientôt qu'une immense friche. La ruine subsista longtemps après le départ des Anglais ; trente ans plus tard, des villages de la région de Senlis sont encore à ‘J'état d'abandon. Ce n’est qu’en 1475 que le seigneur de Chantilly trouva preneurs pour les terres de son domaine.

Te A A LA le 1h ET OC ET LUN, à LOUE AL EE 7 bons MP RL PTT RU LR PAT VOA Jef fr IR LAS A PEN PPATAA TT I A "13 n RON re NT Ne AIG TEE AE QE ARR MAT du UD A ETAT AL À RIRES re LQUUts LOF RE PARMI R , i Ce ACT UL AURA OUT

Quant à la ferme de Bucamp, que le couvent de Saint- Leu possédait aux portes de Chantilly, elle avait tant souffert que les moines ne purent songer à la rétablir; sur l'emplacement des bâtiments, on ne trouve en 1/94 que « plusieurs vieilles et anciennes murailles abattues » ; il ne reste debout qu'une cheminée et une partie d’escalier de pierre de taille ; de la chapelle, il n’y a plus trace; bref, « au lieu où étaient les granges, les édifices, cour et maison du dit hôtel, y a à présentgrands arbres, buissons et halliers ». Nul doute que le château et ses dépendances n'aient aussi souffert et que Pierre III d’'Orgemont n'ait dû y dépenser beaucoup d'argent. Il obtint en 1466, des Requêtes du Palais, un arrêt le maintenant dans la propriété de Chantilly, que revendiquait François d'Estouteville comme héritier de Gui de Laval, le vendeur de 1386; dans la crainte que la restitution ne fût ordonnée par la cour, Pierre IIT demandait une très grosse indemnité en raison des sommes « mises et employées es réparations et édifices de la place de Chantilly ».

Pierre IIT avait alors soixante ans; sa femme et lui devaient parvenir à une vieillesse avancée, maïs sans espoir de laisser postérité. Des deux sœurs de Pierre, Marie était morte jeune ; Marguerite avait épousé en premières noces Jean de Broullart, seigneur de Badouville,

dont elle avait un fils, Guillaume,et en secondes noces,

vers 1450, Jean IT, baron de Montmorency, dont elle eut aussi un fils, Guillaume, le père du connétable Anne. Le 14 juillet 1484, Pierre d'Orgemont partagea ses biens entre ses deux neveux ; Guillaume de Montmorency eut dans son lot Chantilly, Montépilloy et Chavercy, c’est-à-dire les domaines qui environnaient Senlis ; trois jours après, il épousait Anne Pot, fille de Gui Pot, comte de Saint- Paul, et de Marie de Villiers de L’Isle-Adam. Il s'installa aussitôt à Chantilly, où Pierre III d'Orgemont termina

Que à 44 Fi Ft Mon que le c Où | Len possédait aux portes de Chantilly, Aduflert que les moines ne purent songer ‘sur l'emplacement des bétiments, on net que « plusieurs Feb &k EL rnpes mura | il ne resté ii “ii Le se” al 4 7. dre née et un ; : lier der phesre: de 3 REA x A dame d LR y bref, #. db Le AaË rar à ‘#9 te Ÿ 2, " dr: # fai pe Vus 1 he ko ê M. us hu sg doi rame suullert et que Mvilhe Ed : ol dép #oer beaucoup d RReRE, & . ; hégutées dy Palais, un arrêt Je ma hprèté de Cha utlly, que revendiqu teville comme héritier de Gui de 1386; dans la crainte que Va restigation ne ! par Jai Con, Pie te dd dersandaë ge très £

ds smines « “Es st Rs €

ae pts |

Page 1