IIS LE DÉFI
Je ne mourrai donc point au champ de la victoire Sur le cadavre des vaincus !
Le cri du preux, les chants de gloire Pour moi ne retentiront plus!
Plus heureux est celui de qui la renommée N'a pas laisse' de souvenir; Jamais sa main n'est desarmée, 11 peut combattre , il peut mourir.
» Le druide l'a dit s la voii de Kerutore Au loin a répandu l'effroi.
Kerusore ou Kerusoret, Il y a un hameau de ce nom près de PlouYorn , entre Morlaix et Saint-Pol de Lf on : c'est aussi le nom d'une ancienne famille bretonne.
N'entends-tu pas la voix de la trompette , « C'est le signal , il est tems de partir ;
L'éclair brille , la lance est prête ,
Le ciel parle, il faut obéir.
Qui t'arrête en ces lieux? N'as-tu pas dans la plaine Aperçu le front des soldats?
N'as-tu pas entendu, sur la rive prochaine, Retentir le bruit de leurs pas?
Celtos , te prodiguant l'outrage, T'appelle à grands cris sur ce bord , Et dans sa main est le ravage Et le désespoir et la mort.
Et tu tardes encor ! et c'est moi , ton amante ,
Moi qui te dis : voici le jour !
Moi qui viens ranimer ta force chancelante ,
Et t'arracher à mon amour !
N'es-tu pas , Ur-Maz-Han > le roi des funérailles
Et la terreur de l'étranger? Ton cœur ne bat-il plus au penser des batailles , Au souvenir, à l'aspect du danger?
Que diront les enfans d'Armore, Que dira le Scalde surpris,* Quand Ur-Maz-Han n'est pas encore Ou paraissent ses ennemis?
Ton coursier hennit d'alégresse , 11 sent le moment approcher.
Et dans sa belliqueuse ivresse Son pied a frappe le rocher.
Viens, Ur-Mazr-Han , le jour s'avance, . Viens, il est tems , ne tarde plus ; C'est l'heure encor de la vaillance, Viens, ils ne sont pas tous vaincus.
En vain la rive téméraire Voudrait arrêter tes vaisseaux, Les guerriers ouvriront la terre , Et les dieux y mettront les eaux.
Viens , et j'appellerai les pâles prophetesses ,* Elles marcheront devant toi ; Tes ennemis à leurs voix vengeresses Tomberont éperdus d'effroi.
Sous les coups du destin si le brave succombe , Et si ce jour est le dernier, Près de toi je veux dans la tombe Sommeiller sur ton bouclier.
Ensemble nous irons errer dans les nuages, Parmi les ombres des aïeux ; Nous marcherons sur les orages , Nous reposerons dans les cieux.
Et là , sous la tente éternelle , Les guerriers m'ouvriront leur rang ; Si je ne suis pas la plus belle , Ah ! n'es-tu pas le plus vaillant?
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1 N'entends-tu pu lt voix de la trompette ?
Alors on sonnait la trompette du grand Teutatés. Marchangy, Gaule poétique, t. 1 er , p. 59.
1 Que dira le Sc&lde surpris ?
Les Scaldea étaient les bardes du nord.
3 Viens, et j'appellerai les pâles prophé'tesses.
L'île de Sein, le mont Belen, étaient le séjour de vierges, de prophétesses qui conjuraient les tempêtes , changeaient les hommes en animaux, ou les sacrifiaient à leur dieu. Pomponius Mêla; Pline, liv. xxvi; Csesar, de BeUo Gallico; Daru, hùL de BreL, t. I er ', p. 8, 9; La Sauvagère, Antiquités de la Gaule.
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JN invoque pas Ësufi : celui qui tient la lance Et qui porte un coeur généreux , Celui qu'anime l'espérance , N'a pas besoin des dieux.
Quand la terre ébranlée est prête à se dissoudre , Quand là montagne ouvre son sein , Sur son front éclate la foudre Et son cœur est serein.
Qu'a-t-il à redouter?. il règne, il sait combattre, Il a subi les coups du sort ;