‹ Chants armoricains, ou Souvenirs de Basse-BretagneChapitre 33 sur 79 · IIS LE DÉFI · texte numérisé non relu

IIS LE DÉFI

Je ne mourrai donc point au champ de la victoire Sur le cadavre des vaincus !

Le cri du preux, les chants de gloire Pour moi ne retentiront plus!

Plus heureux est celui de qui la renommée N'a pas laisse' de souvenir; Jamais sa main n'est desarmée, 11 peut combattre , il peut mourir.

» Le druide l'a dit s la voii de Kerutore Au loin a répandu l'effroi.

Kerusore ou Kerusoret, Il y a un hameau de ce nom près de PlouYorn , entre Morlaix et Saint-Pol de Lf on : c'est aussi le nom d'une ancienne famille bretonne.

N'entends-tu pas la voix de la trompette , « C'est le signal , il est tems de partir ;

L'éclair brille , la lance est prête ,

Le ciel parle, il faut obéir.

Qui t'arrête en ces lieux? N'as-tu pas dans la plaine Aperçu le front des soldats?

N'as-tu pas entendu, sur la rive prochaine, Retentir le bruit de leurs pas?

Celtos , te prodiguant l'outrage, T'appelle à grands cris sur ce bord , Et dans sa main est le ravage Et le désespoir et la mort.

Et tu tardes encor ! et c'est moi , ton amante ,

Moi qui te dis : voici le jour !

Moi qui viens ranimer ta force chancelante ,

Et t'arracher à mon amour !

N'es-tu pas , Ur-Maz-Han > le roi des funérailles

Et la terreur de l'étranger? Ton cœur ne bat-il plus au penser des batailles , Au souvenir, à l'aspect du danger?

Que diront les enfans d'Armore, Que dira le Scalde surpris,* Quand Ur-Maz-Han n'est pas encore Ou paraissent ses ennemis?

Ton coursier hennit d'alégresse , 11 sent le moment approcher.

Et dans sa belliqueuse ivresse Son pied a frappe le rocher.

Viens, Ur-Mazr-Han , le jour s'avance, . Viens, il est tems , ne tarde plus ; C'est l'heure encor de la vaillance, Viens, ils ne sont pas tous vaincus.

En vain la rive téméraire Voudrait arrêter tes vaisseaux, Les guerriers ouvriront la terre , Et les dieux y mettront les eaux.

Viens , et j'appellerai les pâles prophetesses ,* Elles marcheront devant toi ; Tes ennemis à leurs voix vengeresses Tomberont éperdus d'effroi.

Sous les coups du destin si le brave succombe , Et si ce jour est le dernier, Près de toi je veux dans la tombe Sommeiller sur ton bouclier.

Ensemble nous irons errer dans les nuages, Parmi les ombres des aïeux ; Nous marcherons sur les orages , Nous reposerons dans les cieux.

Et là , sous la tente éternelle , Les guerriers m'ouvriront leur rang ; Si je ne suis pas la plus belle , Ah ! n'es-tu pas le plus vaillant?

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1 N'entends-tu pu lt voix de la trompette ?

Alors on sonnait la trompette du grand Teutatés. Marchangy, Gaule poétique, t. 1 er , p. 59.

1 Que dira le Sc&lde surpris ?

Les Scaldea étaient les bardes du nord.

3 Viens, et j'appellerai les pâles prophé'tesses.

L'île de Sein, le mont Belen, étaient le séjour de vierges, de prophétesses qui conjuraient les tempêtes , changeaient les hommes en animaux, ou les sacrifiaient à leur dieu. Pomponius Mêla; Pline, liv. xxvi; Csesar, de BeUo Gallico; Daru, hùL de BreL, t. I er ', p. 8, 9; La Sauvagère, Antiquités de la Gaule.

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JN invoque pas Ësufi : celui qui tient la lance Et qui porte un coeur généreux , Celui qu'anime l'espérance , N'a pas besoin des dieux.

Quand la terre ébranlée est prête à se dissoudre , Quand là montagne ouvre son sein , Sur son front éclate la foudre Et son cœur est serein.

Qu'a-t-il à redouter?. il règne, il sait combattre, Il a subi les coups du sort ;

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