‹ Chants armoricains, ou Souvenirs de Basse-BretagneChapitre 35 sur 79 · LA CONFIANCE · texte numérisé non relu

LA CONFIANCE

Le nain malicieux qui veille sur la roche ,»

La fée au regard séducteur.

Silencieux à son approche , N'appellent plus le voyageur.

L'océan qu'agite l'orage , Dès qu'il a paru sur le bord , Frémissant, enchaîne sa rage, Et lui dit : c'est ici le port.

Tu le vois donc , au vaillant est la terre, Et le brave est l'égal des dieux ; A ton épée adresse ta prière, Esus exaucera tes vœux.

ia.

> Le dute, oubliant la cadence,

1 Duses» dusii, follets qui habitent les taillis : on les voit, à minuit , se tenir par la main et tourner avec rapidité. Voyex Cambry, Monvmens celtique*, p. 3.

* Le nain malicieux qui veille sur la roche.

Cornandon en breton. Les nains jouent un grand rôle dans toutes les traditions bretonnes : quelquefois on les aperçoit comptant des pièces d'or au soleil, et l'on peut s'en emparer lorsqu'on est muni d'un liard percé ; mais leur rencontre n'est pas toujours sans danger ; ils se plaisent à égarer le voyageur, à lai jouer de mauvais tours. Le nain ou l'esprit de Tenzarpouliet , se tient prés d'un petit pont de pierre, fort étroit, à l'entrée d'un des faubourgs de Morlaix ; il faut lui demander la permission de passer, faute de quoi il vous fait tomfeer dans l'eau. Lorsque vous avei traversé le pont , une colline se présente ; si vous montez, le nain s'amuse à vous repousser : vous ne le voyez pas, mais vous sentez sa présence à la fatigue que voua

éprouvez. Dans quelques cantons Ton croit que l'intérieur de la terre renferme un peuple de Comandons ou nains, et des rats énormes, dans les trous desquels un homme à cheval pourrait entrer : l'on en aperçoit souvent l'ouverture, et si l'on pouvait pénétrer jusqu'au fond, on trouverait de grandes richesses. Les ossemens gigantesques que Ton rencontre sont ceux de ces rats ; comme ils multiplient continuellement, ils finiront par ronger le centre de la terre ; un jour la surface s'ouvrira et les hommes seront étigloutis. Avant la tempête, les matelots aperçoivent un nam blanc qui danse sur les rochers.

Oiseau des nuits, de tes cris funéraires Frappe l'e'cho , fais retentir les monts , Chante la mort, célèbre ses mystères, Mon cœur se plaît à tes tristes chansons ; Sombre hibou, le trépas est ta fête, Les jours de deuil sont pour toi les beaux jours ; Près de la tombe où repose ma tête Viens folâtrer, viens dire tes amours.

Eveillez-vous, enfans de la poussière, Levez-vous tous , venez tous écouter ; Pour l'un de nous voici l'heure dernière :

Eveillez-vous , l'oiseau vient de chanter.

LE HIBOU. Ml

Lorsqu'à minuit des funèbres demeures Parfois s'élève un fantôme poudreux, Quand tout pâlit, tout fuit, seul tu demeures, Seul tu souris, seul tu semblés heureux.

Avec amour ton aile caressante Va du linceul soulever les lambeaux , Et sans effroi ta voix retentissante S'unit aux cris de ce fils des tombeaux.

Eveillez-vous , enfans de la poussière , Levez-vous tous, venez tous écouter j Pour l'un de nous voici l'heure dernière :

Eveillez-vous, l'oiseau vient de chanter.

Ton œil perçant sait lire dans l'espace, Hôte fidèle au chevet des mourans ; Au jour marqué tu viens prendre ta place , Contempler l'homme à ses derniers momens.

Page 1