PAYSAN
Il est des gens qui font de ce terme une injure, Ingrats qui, dédaignant village et villageois. Raillent ces va-nu-pieds à la main noire et dure Qui s'acharnent, courbés sur leur besogne obscure. Et vivent au milieu des bêtes et des bois.
— 0 bon travailleur de la terre !
Je baise ta main tutélaire
Qui me nourrit et me soutient.
Cher va-nu-pieds je te vénère.
Paysan, paysan mon père, Merci du pain quotidien. —
D'autres, en lui jetant ce nom dans un blasphème. Viennent dire : « C'est bon pour lui de croire en Dieu ; '> De graviter autour du vieux clocher qu'il aime, '^ Entre les fils qu'il fait et les moissons qu'il sème : » Soyons sans foi ni loi, n'ayons ni feu ni lieu. »
— 0 croyant des vieilles croyances !
La terre à qui tu te fiances N'épouse pas les mécréants.
Laisse ces fous à leurs démences, Car ce sont les espoirs immenses Qu'il faut à tes elforts géants. —
Ceux-ci plus réfléchis mais non jias moins sévères Blâment le paysan d'être sans passions, De regarder passer les hommes populaires Sans imiter nos cris, sans gagner nos colères. Indifférent et sourd à tant d'ambitions...
— 0 vrai philosophe ! 0 vrai sage !
Qu'un tiibun débarqiu! ou naufrage
Tu n'en paieras pas moins d'impùts.
Qu'importe au rocher de la plage La couleur des flots si leur rage Doit le harceler sans repos : —
Mais, disent-ils, il al'àme avare et vilaine ; Sa force infatigable et ses bras invaincus, C'est par amour du gain qu'il les ri^e à la peine ; 11 ne rêve qu'épargne, il ne cherche qu'aubaine ; Et son cœur sans désir danse au bruit des écus. >-
— 0 prévoyant de la misère !
Le repi'oclie qu'ils t'osent faire C'est de vouloir vivre demain.
Econome d'un gain précaire, Tu manges peu ne gagnant guère.
Pauvre tiiésauriseur de pain 1 —
« Pour la glorifier sa tâche est trop aisée,
« Dit l'autre, son travail n'occupe que ses bras.
» Il s'y rend sans élan, il s'y met sans pensée ;
» D'un geste machinal sa charrue est poussée ;
» Ses bœufs marchent il n'a qu'à marcherdans leurs pas. »
— 0 serviteur sans servitude !
Ta tàclie est difficile et rude,
Tu guettes l'iieure et le moment :
Le ciel, les airs sont ton étude ; Et tu lis avec certitude Au grand livre du firmament. —
« L'homme des champs fùt-il l'homme de la nature » Que le poète admire en le poétisant; « Eût-il l'esprit plus haut et la raison moins dure ; » Eussions-nous tous pitié du tourment qu'il endure, » Un paysan toujours restera paysan. »
— Oli ! oui restez ce que vous êtes ! Faites toujours ce que vous faites !
Méprisez ces mots méprisants.
Calmes, laborieux, honnêtes, Levez vos yeux, dressez vos têtes, Hommes du pays. Paysans ! —