‹ Chants du paysan (volume 2)Chapitre 19 sur 22 · PAYSAN · texte numérisé non relu

PAYSAN

Il est des gens qui font de ce terme une injure, Ingrats qui, dédaignant village et villageois. Raillent ces va-nu-pieds à la main noire et dure Qui s'acharnent, courbés sur leur besogne obscure. Et vivent au milieu des bêtes et des bois.

— 0 bon travailleur de la terre !

Je baise ta main tutélaire

Qui me nourrit et me soutient.

Cher va-nu-pieds je te vénère.

Paysan, paysan mon père, Merci du pain quotidien. —

D'autres, en lui jetant ce nom dans un blasphème. Viennent dire : « C'est bon pour lui de croire en Dieu ; '> De graviter autour du vieux clocher qu'il aime, '^ Entre les fils qu'il fait et les moissons qu'il sème : » Soyons sans foi ni loi, n'ayons ni feu ni lieu. »

— 0 croyant des vieilles croyances !

La terre à qui tu te fiances N'épouse pas les mécréants.

Laisse ces fous à leurs démences, Car ce sont les espoirs immenses Qu'il faut à tes elforts géants. —

Ceux-ci plus réfléchis mais non jias moins sévères Blâment le paysan d'être sans passions, De regarder passer les hommes populaires Sans imiter nos cris, sans gagner nos colères. Indifférent et sourd à tant d'ambitions...

— 0 vrai philosophe ! 0 vrai sage !

Qu'un tiibun débarqiu! ou naufrage

Tu n'en paieras pas moins d'impùts.

Qu'importe au rocher de la plage La couleur des flots si leur rage Doit le harceler sans repos : —

Mais, disent-ils, il al'àme avare et vilaine ; Sa force infatigable et ses bras invaincus, C'est par amour du gain qu'il les ri^e à la peine ; 11 ne rêve qu'épargne, il ne cherche qu'aubaine ; Et son cœur sans désir danse au bruit des écus. >-

— 0 prévoyant de la misère !

Le repi'oclie qu'ils t'osent faire C'est de vouloir vivre demain.

Econome d'un gain précaire, Tu manges peu ne gagnant guère.

Pauvre tiiésauriseur de pain 1 —

« Pour la glorifier sa tâche est trop aisée,

« Dit l'autre, son travail n'occupe que ses bras.

» Il s'y rend sans élan, il s'y met sans pensée ;

» D'un geste machinal sa charrue est poussée ;

» Ses bœufs marchent il n'a qu'à marcherdans leurs pas. »

— 0 serviteur sans servitude !

Ta tàclie est difficile et rude,

Tu guettes l'iieure et le moment :

Le ciel, les airs sont ton étude ; Et tu lis avec certitude Au grand livre du firmament. —

« L'homme des champs fùt-il l'homme de la nature » Que le poète admire en le poétisant; « Eût-il l'esprit plus haut et la raison moins dure ; » Eussions-nous tous pitié du tourment qu'il endure, » Un paysan toujours restera paysan. »

— Oli ! oui restez ce que vous êtes ! Faites toujours ce que vous faites !

Méprisez ces mots méprisants.

Calmes, laborieux, honnêtes, Levez vos yeux, dressez vos têtes, Hommes du pays. Paysans ! —

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