‹ Chants du paysan (volume 2)Chapitre 3 sur 22 · AVE GALLIA · texte numérisé non relu

AVE GALLIA

Terre de France ! Terre où rhonime rit et chante, Créatrice d'amour, de joie et de vigueur, Coin du monde enchanté dont la splendeur me hante, Ton ciel est sans frimas ; ton air est sans rigueur ; Plus que ta force encor ta grâce est triomphante, Plaisir des yeux, attrait des sens, charme du cœur !

Un pied sur l'Italie, un pied sur les Espagnes Ton corps souple et hardi dans un geste hautain, Plongeant sur l'infini, dominant le lointain.

4 CHANTSDUPAYSAN.

Se dresse courunné de mers et de montagnes ; Tandis que fécondant tes joyeuses campagnes Brûle dans ta poitrine un volcan mal éteint.

Qu'ils sont touffus les bois formés par tes grands chênes,

Gauloise chevelue au front mystérieux !

Qu'ils sont riants et purs les Ilots de tes fontaines !

— Purs comme le cristal, riants comme des yeux —

Et quel souffle embaumé de suaves haleines

Flotte en brouillard léger sur tes prés radieux.

Cinq grands fleuves te font de puissantes artères ; Pour ossements vivants ton sol a ses granits ; Et ta vigne et tes blés, joyaux héréditaires, Pendent en collier d'or entre tes seins brunis. Le Seigneur t'a bénie entre toutes les terres, 0 ma terre, et le fruits de tes flancs sont bénis !

ONDEE

ONDEE

Au soleil empourpré succède un soleil pâle ;

D'énormes flocons blancs roulent dans le ciel bleu ;

Mais, perdant tout à coup cette clarté d'opale,

Le nuage obscurci s'éteint sous la rafale.

Le vent souffle : il fait froid ; le vent s'arrête : il pleut.

Les rapides ruisseaux vont grossir les rivières ; Le moulin fait tourner sa roue éperdunient ; Le flot pousse le flot et sur leurs vieilles pierres. Les noirs piliers des ponts en rumeurs singulières Font gronder l'eau qui passe et fuit en écumant.

La forêt dont la feuille a perdu sa souplesse Et commence plus lourde à se revêtir d'or Crépite sous cette eau qui tombe avec rudesse ; Car ce n'est plus la pluie aimable et qui caresse, C'est l'averse féconde au jet brutal et fort.

Cependant sous l'auvent que couronne sa treille Le vieux cultivateur qui se connaît au temps, Tout en tressant l'osier d'une lourde corbeille, Regarde tomber l'eau dans ses champs qu'il surveille, Et ses doigts sont légers, et ses yeux sont contents.

Derrière lui sa bru dans le poêlon qui fume Jette les poissons d'or que son homme a péchés ; Tandis que dans le chai, qu'un vin nouveau parfume. Lui, le sage semeur, fidèle à la coutume. Fait tremper dans la chaux les grains bientôt séchés.

Car il faut que demain, lutteurs que rien ne dompte, Pour la terre en travail les travailleurs soient prêts ; Que la semence tombe à l'iieure où le jour monte, Et que la main de l'honime éveille, ardente et prompte. L'esprit du Créateur qui dort dans les guérets.

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