‹ Chants du paysan (volume 3)Chapitre 5 sur 17 · ONDÉE · texte numérisé non relu

ONDÉE

Au soleil empourpré succède un soleil pâle ;

D'énormes flocons blancs roulent dans le ciel bleu ;

Mais, perdant tout à coup cette clarté d'opale,

Le nuage obscurci s'éteint sous la rafale,

Le vent souffle : il fait froid ; le vent s'arrête : il pleut.

Les rapides ruisseaux vont grossir les rivières ; Le moulin fait tourner sa roue éperdument ; Le flot pousse le flot et sur leurs vieilles pierres, Les noirs piliers des ponts en rumeurs singulières Font gronder l'eau qui passe et fuit en écumant.

La forêt dont la feuille a perdu sa souplesse Et commence plus lourde à se revêtir d'or Crépite sous cette eau qui tombe avec rudesse ; Car ce n'est plus la pluie aimable et qui caresse, C'est l'averse féconde au jet brutal et fort.

Cependant sous l'auvent que couronne sa treille Le vieux cultivateur qui se connaît au temps, Tout en tressant l'osier d'une lourde corbeille, Regarde tomber l'eau dans ses champs qu'il surveille, Et ses doigts sont légers, et ses yeux sont contents.

Derrière lui sa bru dans le poêlon qui fume Jette les poissons d'or que son homme a péchés ; Tandis que dans le chai, qu'un vin nouveau parfume, Lui, le sage semeur, .fidèle à la coutume, Fait tremper dans la chaux les grains bientôt séchés.

Car il faut que demain, lutteurs que rien ne dompte, Pour la terre en travail les travailleurs soient prêts ; Que la semence tombe à l'heure où le jour monte, Et que la main de l'homme éveille, ardente et prompte, L'esprit du Créateur qui dort dans les guérets.

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