LE SUPPLÉMENT
A l'abbé Edmond Buisson qui était alors curé d’Arthabaska "OUBLIAIS que Par mandement De l’an dernier le supplément Avait souffert d’un règlement Qui le gonflait honnêtement, J'ajoute : à notre détriment.
Or, l’autre jonr, tout bonnement,
Peut-être même étourdiment, Je vous payai le supplément Sans réfléchir aucunement
A ce tout récent changement, Croyant avoir assurément Fait ma part généreusement.
Si vous aviez été normand,
Ou juif, ou même seulement
Un curé comme, rarement,
On en rencontre, un peu gourmand,
Vous auriez alors poliment, En même temps que carrément, Sans colère et sans truchement,
Réclamé tout le supplément
En me mettant complaisamment
Au courant de ce règlement.
Mais non, vous avez gentiment Touché le maigre rendement Sans un mot de dissentiment, Sans le moindre ressentiment ; Et je crus fort naïvement M'être acquitté complètement, Depuis lors, sans aucun tourment, Je dormais pacifiquement, Quand, ce matin, heureusement Et tout providentiellement,
Un ami qui jamais ne ment (Voyez-vous ça communément), Et qui parle assez sensément
Aux heures de désœu ;: ement,
Me rappels ! mandement ; Jugez de mon étonnement
Et de mon ahurissement !
Aussi sans perdre un seul moment, J'accours parfaire le paiement Et tiens à vus dire comment M'arriva ce désagrément
Que je regrette amèrement.
J'aurais voulu tout en rimant Finir quelque peu sensément, Pour ne pas dire : finement, Mais grâce à ces rimes en ment
Dont j'ai fait choix dans un moment
Ou de spleen, ou d’égarement,
Je le puis difficilement.
J'essaie à tout événement
A finir pas trop bétement, Vous priant bien sincèrement, Malgré ce discours assommant, De croire à l’entier dévouement
De celui jui signe humblement.
Du bureuu d'enregistrement.
3 août 1898.
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