‹ Chants du soir [microforme]Chapitre 23 sur 34 · L'HÉCATOMBE · texte numérisé non relu

L'HÉCATOMBE

Episode de la déportation des Acadiens lu à une séance du Congrès du Parler Français

UAND la torche enflammée, aux champs de l’Acadie, Sans aucune pitié promenait l'incendie, Que les chaumes détruits, les temples profanés Eurent fait un désert de ces lieux fortunés Sans merci le livrant aux traîtrises de l’onde,

Lawrence dispersait aux quatre coins du monde

Un peuple jusque là paisible et désarmé.

Chassé du sol natal pour l’avoir trop aimé.

Le côteau, le vallon, le ravin, la colline,

Tout ce qui fut le doux pays d’Evangeline, Beauséjour et Grand Pré, Beaubassin, Chomédy Se mirant dans les eaux de la Baïe de Fundy,

11 ne reste plus rien de ce qui fut la vie, Oui, plus rien que l’exil, la liberté ravie,

Un peuple sans foyers, des temples sans autels

Que Longfellow chanta dans des vers immortels.

Mais Lawrence rêvait de nouvelles victimes Pour combler ses greniers de gains illégitimes, Pour le persécuteur ce n’était point assez.

Sur l’île St-Jean au hazard dispersés,

Se croyant à l'abri des suppôts de Lawrence ;

Vivaient depuis cent ans d’autres fils de la France.

Un large bras de mer semblait les protéger,

Quand soudain résonna le pas de l’étranger.

La chapelle où l’on prie et le ch&rime où l’on chante Vont devenir déserts car la horde méchante

A franchi le détroit. Adieu blondes moissons

Qui tombaient sous la faux au rhytme des chansons, Adieu la douce paix du foyer domestique,

Adieu le grêle son de la cloche rustique.

Ainsi qu’à Beauséjour, ainsi qu’à Beaubassin

Va retentir l’appel lugubre du tocsin.

Avant que le soleil au couchant disparaisse,

Il annonce en un cri de suprême détresse

L'exil de tout un peuple en des pays lointains

Et livré sans ressource à de cruels destins.

Mais avant de quitter pour toujours la patrie

On entre dans le temple, on s’agenouille, on prie,

Et tous réconfortés par cet acte pieux Vont laisser sans gémir le beau sol des aïeux. Au nombre de trois cents ils sont là sur la grève ;

La haine les poursuit sans repos et sans trève.

Ils attendent l’édit qui devra les livrer

Aux hasards d'une mer prête à les engouftrer

Enfin l’ordre est venu. ‘Mais, dit le capitaine,

Avec un tel vaisseau notre perte est certaine ;

C’est nous envoyer tous au-devant de la mort

Qui va planer sur nous dès le sortir du port.

Le navire est peu sûr et la mer est mauvaise.”’

—*{ Voulez-vous que ces gens voyagent à leur aise ? L'ordre est formel, il faut débarrasser ces lieux

De ces Français qu’on dit bigots, séditieux.”’

—“ Il me semble, monsieur, qu’ils sont peu redoutables :

Dépouillés de tous biens, sans armes, misérubles,

Ils sont dignes plutôt d'avoir notre pitié.’

—“* Pas de murmure, et vous faites votre métier

Sans les plaindre. Après tout qu'importe leur misère.

Conduisez-les bien loin vers un autre hémisphère.” —“* Pouvons-nous sans danger traverser l'océan ? ‘” —“* Qu'on les disperse au loin, voilà le plus pressant. Que me fait de ces gens la mort dans le naufrage ? Pourvu que vous puissiez sauver votre équipage.

Je n’ai cure du reste, Embarquez le troupeau, Voyez qu’il n’ait pas d'arme et n'ait pas de drapeau, '’ Le capitaine hésite encor la mort dans l'âme

D’être l’exécuteur de cet édit infâme.

D'un regard suppliant il demande un retard.

Le vaiseeau radoubé pourrait partir plus tard

Et courir moins de risque. En vain. Inexorable,

Le maître lui répond : ‘ L'ordre est irrévocable,

Qu'importe le vaisseau, la mer et la saison, Embarque sans tarder l’humaine cargaison.

Appareille au plus vite et demain prends le large.” Et le navire étroit sous sa pesante charge, Dressant avec effort toute sa voile au vent,

Laisse le sol aimé dès le soleil levant.

Un yritre est avec eux, les bénit, les conso!e

Et leur montre le ciel comme unique boussole, Et debout sur le pont par la toule encombré,

De ces trois cents proscrits se voyant entouré,

T1 entonne avec âme et d’une voix puissante

L'Ave Maris Stella, cette hymne si touchante Dont l’Acadie a fait son chant national.

Etoile de la mer, astre matutinal,

Planez toujours sur nous, a répondu la foule

Sur le pont secoué par l'effort de la houle ;

Et tous disent en chœur, prosternés à genoux, Dei Mater Alma, daignez veiller sur nous.

Jusque là des oiseaux la troupe vagabonde,

Escortant le vaisseau, de l'aile rasait l’onde.

Ces fidèles amis par la brise transis

Se perchent sur le mât et semblent indécis.

Mais le doux souvenir de l’île enchanteresse L'emporte, et laissant là le navire en détresse,

Ils rer-ennent leur vol pour retrouver leurs nids

Sur les rameaux déjà par l'automne jaunis.

Les proscrits, le cœur gros, les suivent dans l’espace. Oubliant un moment la mort qui les menace,

Ils envient ces oiseaux qui d’un rapide essor

Sans redouter la mer s'en vont tout droit au port,

Et les jours s’écoulaient, jours u'angoisse profonde

Où, perdus sur la mer entre le ciel et l’onde,

Et le regard hanté par l’abime sans fond

On cherche un peu d’espoir dans le grand ciel profond. Un jour le capitaine effaré dit au prêtre :

—‘* Le navire fait eau Dans deux heures peut-être Les flots l’engloutiront. Nul ne le sait encor.

Pour le salut de tous la chaloupe du bord

Au moment du danger ne pourra pas suffre.

Aussi rassemblez-les de suite pour leur dire

Que le canot n’étant d'aucun secours pour eux

Ils les laissent à nous qui sommes moins nombreux. Vous viendrez avec nous, la chose est bien comprise. —‘* Mais, reprit le vieillard, qu’il n’y ait pas méprise. Quand de mon peuple on veut faire un peuple martyr Je partage son sort et ne veux pas partir.

Oui, sauvez-vous sans moi, sauvez votre équipage.

Quant à nous, nous saurons mourir avec courage.”

—“* Est-ce le dernier mot ? ‘ Le prêtre répondit : —‘* Oui, je reste avec eux. Il ne sera pas dit Qu’à l’acte d’héroïsme auquel on les convie

Par crainte de la mort je devrai seul la vie.

Maïs je vais de ce pas demander aux proscrits

Ce que vous exigez, et je serais surpris S’ils n’étaient point à la hauteur du sacrifice. ””

Et le vieux prêtre ému, sans aucun artifice Leur dit : ‘ Mes chers amis, le navire fait eau :

L’avant déjà s’incline ; il va couler bientôt.

Hors Dieu rien ne pourrait vous sauver du naufrage ; La chaloupe ne peut que sauver l'équipage.

Laissez-la s'éloigner emportant vos bourreaux.

Vous étiez des martyrs, vous deviendrez héros.

Moi, je reste avec vous dans cette heure suprême,

Car le berger s'attache à son troupeau qu'il aime,

Oui, je veux. mes amis, partager votre sort.

Frères dans le passé, soyons-le dans la mort.””

Alors le plus âgé des proscrits se redresse

Et dit ; ‘‘ Puisque le ciel veut qu’en notre détresse

Nous mourrions trois cents pour n’en sauver que vingt Nous sommes prêts à tout, car ce n’est pas en vain

Qu'on aura fait appel à des âmes françaises.

Sans espoir de secours, loin de toutes falaises,

Léguons sans un regret en un suprême adieu

Nos corps à l’océan et nos âmes à Dieu.

Amis, ne pleurons pas, nos larmes seraient vaines. Qu'il reste fier le sang qui coule dans nos veines

Et montrous en ce jour à nos persécuteurs

Que plus on nous abaisse et plus haut sont nos cœurs.” Et ces trois cents proscrits, d'un accord unanime,

Sans souci de la mort et sans peur de l’abime

Qui s'ouvre devant eux pour finir leur tourment Jurent d’être français jusqu’au dernier moment. Alors le chapelain fit part au capitaine

Que tous, jeunes et vieux, devant la mort certaine, Sont prêts à leur laisser l’unique et frèle esquif. Un français doit mourir sans être un fugitif.

Puis il revint vers eux, et d’un seul cri la foule

Lui dit : ‘‘ Vite quittez le navire qui coule

Car il vous reste encor des âmes à sauver,

Des peines à guérir, des cœurs à relever.

Nous qui n’avons hélas que peu d’instants à vivre, Nous vous en supplions, il ne faut pas nous suivre." Et devant un tel vœu si noble et si pressant

A suivre les marius le saint prêtre consent,

Et.la foule en prière à la mort condamnée

Reçut, genoux en terre et la tête inclinée,

La suprème espérance et le dernier pardon ; Et Dieu seul leur resta dans ce triste abandon.

Et pendant que, fuyant la mort inévitable,

Le canot se lançait sur la mer redoutable,

Des femmes dominant les cris et les sanglots, De mâles voix chantaient en défiant les flots ; Ils chantaient la patrie à tout jamais perdue. Et quand la mort planant sur la foule éperdue Par l’abîme attiré, le navire coula,

Les preux chantaient toujours Ave Maris Stella ;

RNA RRRRRE

Les Ennuis de Chamberlain

Vers écrits lors de la guerre des Boers

’ARRIVE au Colonial Office J Bien sûr dans un mauvais moment Où tout ce que peut l’artifice Doit être employé savamment.

Partout les nations hautaines, Préparant de traîtres assauts De nos possessions lointaines

Convoitent les plus beaux morceaux.

Faut-il souffrir ces avanies, Endurer ces cruels affronts ?

Plier le dos, courber nos fronts ?

Tout n’est pas rose aux colonies.

L'Europe en armes et jalouse De notre empire colonial,

De tous nos ennemis épouse Le sans-gêne proverbial.

L'ours du nord a levé la tête,

Pendant que la France au Congo,

Voulant arrondir sa conquête,

Contre nous s’en donne à gogo.

Faut-il souffrir ces avanies? etc.

Maitres des mers et de la terre,

De la Guianne nous voulions Reculer un peu la frontière

Sans mauvaises intentions, Lorsque soudain ouvrant ses serres, L'aigle américain irrité

De nous méler de nos affaires

Nous a poliment invité,

Faut-il souffrir ces avanies ? etc.

Est-ce notre faute à nous-autres Si nous avons grand appétit Et si partout ce sont les nôtres

Qui se font servir le rôti ?

Pendant que le pays digère Un morceau trop vite avalé Au Siam, honte passagère, Mon prédécesseur fut roulé.

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Faut-il souffrir ces avanies ? etc.

Je croyais que mon ministère Vite allait changer tout cela, Malheur ! Voici que l'Angleterre Tombe de Charybde en Scylla.

Les Achantis, les Matabèles Nous ont donné quelque souci, Mais à ces peuplades rebelles

Nous avons fait crier : merci.

Faut-il souffrir ces avanies ? etc.

Le Transvaal, Ô flétrissure !

Est en plein dans le mouvement

Et pour moi c’est une blessure

Qui va guérir bien lentement.

Ces Boers, qui pouvait s'attendre A les voir si récalcitrants Quand nous ne voulions qu'entreprendre

De déniaiser ces ignorants.

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Faut-il souffrir ces avanies ? etc.

Pour ce bienfait qu’on leur apporte En échange des mines d’or

Au nez ils nous ferment la porte Et bravent le lion qui dort.

Partis comme pour une fête

Nos troupiers se sont aperçus, Après défaite sur défaite,

Que les Boers ont le dessus.

Faut-il souffrir ces avanies ? etc.

Adieu lé joyeux pique-nique Dans les montagnes du Nata! !

C’est là que l’orgneil britannique Reçoit un coup rude et fatal. Malgré l'effort de ses génies

Le léopard est impuissant

Et fait appel aux colonies ;

C'est le premier impôt du sang.

Faut-il souffrir ces avanies ? etc,

Car dans cette impasse où nous sommes,

En proie au mépris étranger,

I1 nous faudrait trois cent mille hommes Contre les fermiers de Kruger.

Afin de nous couvrir de gloire Quêtons un secours opportun.

Nous serons sûrs de la victoire

Lorsque nous serons dix contre un.

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