SUR LA JEANNE DARC DE FRÉMIET
Ah! peuple injuste! Ah! foule étrangement frivole,
Qui, devant ce bronze pieux.
Méconnaissant la sainte et cherchant une idole.
N'y vois pas plus loin que tes yeux!
Qu'un troupeau de soudards, que l'instinct seul entraine, Et dont la force fait le droit.
Raille cette effigie où Tâme est souveraine^ Mais toi, mon pauvre peuple, toi!
Toi de qui c'est le rôle et dont c'était la gloire
De servir l'Idée en soldat, As-tu donc, ignorant, mal connu cette histoire?
L'as-tu donc oubliée, ingrat?
D'où viennent-ils ces mots que ton dédain murmure?
Que blâmes-tu, triste moqueur?
Et qu'espérais-tu donc trouver sous cette armure,
Qu'un être faible, et qu'un grand cœur ?
Comment peux-tu passer devant cette œuvre fière
Qu'il ne tressaille au fond de toi De ces élans subits qui sont de la prière.
De ces vœux qui sont de la foi ?
Tu ne comprends donc pas que ton reproche même
Est un éloge triomphant.
Et que c'est un portrait tout autant qu'un emblème.
Cette héroïne au front d'enfant?
Tu ne comprends donc pas que cet être qui plane,
Ce bras levé, ces yeux ravis.
C'est elle, c'est la sainte et grande Paysanne,
Ta Paysanne, ô mon Pays î
Ah ! quel présage ardent que cette époque sombre, Quel avenir que ce passé !
SUH LA JEANNE D ARC DE FREMIET 12J
Quand .vaincu par la force, et broyé par le nombre, Ce peuple gisait terrassé ;
Et que le croyant mort, et que s'en croyant maître,
L'enroulant de son noir drapeau , L'étranger avait fait un tombeau pour l'y mettre,
Jeanne a surgi de ce tombeau ;
Et, qu'embrasant les cœurs à son âme immortelle, La gloire au front, bannière en main.
Elle a détruit par nous et chassé devant elle Tous nos vainqueurs de grand chemin.
Car l'éternelle histoire est là qui recommence :
Ces jours-là, ce sont ces jours-ci; C'est un autre étranger, mais c'est la même France,
Et c'est le môme peuple aussi.
Ce peuple qu'un frisson de vertige terrasse,
Que ranime un rayon d'espoir, Qui, faible par accès, reste vaillant par race,
Et perdant tout, peut tout ravoir.
Et, reîtres d'Allemagne ou routiers d'Angleterre,
Archers saxons ou lansquenets.
Quel que soit le vainqueur qui détienne sa terre,
La France retourne aux Français ;
Si longtemps que son pied pèse sur notre tète, Si long que soit le châtiment,
lîO NOUVEAUX CHANTS DU SOLDAT
En vain le conquérant l'appelle la conquête.
L'histoire est là qui le dément!
Laissons donc railler ceux qui, prompts à se distraire,
Sont lents à plier les genoux; Laissons la foule aveugle ignorer sa guerrière,
Nous, les vaincus, prosternons-nous!
Et, vouant notre espoir, consacrons notre haine.
Consacrons nos cœurs recueillis A Jeanne la Française, à Jeanne la Lorraine,
La patronne des envahis!