L ORPHELINAT DES ARTS
l'Orphelinat des Arts.
LORPMEHNAT DES ARTS
\e MarU Laurent
Lorsqu'au jour de combat, victime expiatoire,
Le soldat tombe et meurt en cherchant la victoire,
Que son rang fût obscur ou qu'il fût éclatant,
Le peuple reconnaît la dette solennelle ;
Et la mère patrie abrite sous son aile
Les enfonts dont le père est mort en combattant
2l6 MARCHES ET SONNERIES
Et le respect de tous les guide et les escorte, Et si faible que soit l'appui qu'on leur apporte, Ces pauvres orphelins en sont enorgueillis.
A leur juste fierté leur deuil se rassérène, Car ils savent qu'ils ont la France pour marraine, Et que leur père a bien mérité du Pays.
Or, quoi qu'en puisse dire et penser l'ignorance, L'artiste est aussi, lui, le soldat de la France, Il sert son peuple aussi, ce serviteur du beau. La gloire qu'il acquiert chacun se l'approprie. Nul n'accroît plus que lui l'honneur de la Patrie, Nul mieux que lui ne sait porter notre drapeau.
A l'heure même, à l'heure inoubliable encore
Où le vainqueur jaloux d'un vaincu qu'il abhorre
Voulait nous arracher notre place au soleil ;
A l'heure où les Français restaient sombres et tristes,
De qui leur sont venus, sinon de leurs artistes.
Leur première revanche et leur premier réveil.
Peintres, musiciens, sculpteurs, acteurs, poètes, Une même pensée embrasa mille têtes :
Consolons la Patrie, honorons les aïeux ;
Qu*Athène encor en deuil éblouisse encor Sparte, Et que ce cher pays, dont l'Europe s'écarte, De l'Europe attirée enchante encor les yeux.
Et tandis que distraite ainsi dans sa souffrance, La France se hâtait de réparer la France, Ces grands consolateurs lui rendaient sa fierté. Et les peuples voyaient un peuple encore en larmes, S'acharnant au travail et veillant sous les armes, Ceindre d'un laurier vert son front ensanglanté.
O vaiUance! O ressource héroïque et sublime, Merveilleuse vigueur du sang qui nous anime ! Jamais pays vaincu n'entreprit rien de tel.
Mais que de champions sont morts à cette tâche. Car ce fiévreux assaut où l'âme est sans relâche. Pour n'être pas sanglant n'en est pas moins mortel.
Puis lorsque la mort vient glacer ces fronts superbes, Moissonneurs imprudents qui n'ont pas fait leurs gerbes ! Le peu de blé qu'ils ont se disperse à tous vents ; Et, comme en ces combats pour la gloire commune, Ils ont, donnant leur vie, oublié leur fortune, C'est souvent d'un nom seul qu'héritent leurs enfants.
Eh ! bien, voua qui trouvez leur œuvre utile et bonne, Vous qui, vous rassemblant partout où l'Art rayonne. Guidez toujours l'artiste et le formez parfois ; O foule à l'âme ardente, 6 foule au cœur sincère. Songez à ceux qu'il a laissés dans la misère. Et que votre pitié devance ici ma voix.
El toi, mère- patrie, à qui par leur victoire Ces soldats de l'Idée ont rendu quelque gloire. Apporte aussi ta pierre à leurs foyers détruits, Honore en leurs enfants leur glorieux lignage. Et que ton aide aussi leur soit le témoignage Que leurs pères ont bien mérité du paya.