CADÉDIS I
Hé pauvre ! Vous savez tous, Qu'étant très bonne personne, Moi, je n'aime pas les coups.
Il se cramponne et puis preste !
Sans demander oui ni non, Me prend mon gilet, ma veste Et jusqu'à mon pantalon :
Or, nous étions fin automne.
De certes, vous savez tous.
Qu'étant très bonne personne.
Moi, je n'aime pas les coups.
Nonobstant le sang me monte.
Je me retourne et, ma foi,
On a parfois l'âme prompte,
Je lui dis : « Monsieur î... j'ai froid. >
Écoutez comme il raisonne.
Est-ce pas, vous savez tous.
Qu'étant très bonne personne.
Moi, je n*aime pas les coups ?
Eh bien ! voyez comme il cause.
Il me dit, sans marchander :
* Quand on tient à quelque chose, » On se bat pour le garder. • Ce l^be, je le soupçonoe,
Avait appris comme vous, Qu'étant très bonne personne, Moi, je n'aime pas les coups.
PRO PATRIA
En septembre 1870, un vieux jardinier de Bougival^ nommé François Detergue, coupa jusqu'à cinq fois les fils télégraphiques établis par les Prussiens.
Découvert^ arrêté et menacé de mort sHl recommençait : m Je suis Français^ » répondit-il^ « je recommencerai. • Les Prussiens accomplirent leurs menaces; François Debergue fut passé par les armes.
Un mois plus tard, deux ouvriers, Jean-Martin et Jean-Baptiste Cardon^ voulurent eux aussi servir la PatriCy et dans Bougival même, le jour de l'attaque de la Malmaison, ils faisaient le coup de feu contre les Prussiens. — Pris et fusillés, leur dernier cri fut : ■ Vive la France! •La dernière parole de Jean-Martin avait été : « Dites à nos enfants que c'est pour le Pays que nous mourons.»
Un monument a été élevé à ces trois héros, sur le lieu même de leur supplice.
Cest à son inauguration solennellement faite le 22 ssp* tembre 1678 qu'ont été dits les vers suivants.
■ Je suis Français, répondit-il, ju recommencerai •.
Pro Patkia.
PRO PATRIA
Oublions, oublions! voilà le cri des lâches.
De ceux pour qui la haine est un fardeau trop lourd, Qui, reniant leurs droits et désertant leurs tâches, Ont épuisé leur deuil dans leurs larmes d'un jour.
Mais tous ces fiers enfants dont la France est la mère. Gardant l'espoir au fond de leurs cceura résolus,
Muets, mais sans oubli, sombres, mais sans colère, Sont toujours là pleurant sur ceux qui n'y sont plus.
Et combien n'y sont plus depuis la triste guerre. Combien de sang français notre France a perdu! Qu'elle a donné de fils four conserver sa terre. Et ce qu'on nous a pris, comme on l'a défendu !
Car la lutte fut longue, héroïque, implacable ; Car nos soldats ont su mourir jusqu'à la fin; Et nous n'avons subi la paix qui nous accable Que broyés sous le nombre ou défaits par la faim.
Et que de dévouements dignes de notre histoire î Oh ! sachons bien bénir, sachons bien célébrer Tous ces accès d'honneur qui nous sont de la gloire. Ces immortelles morts qu'on est fier de pleurer!
L'exemple en naît si grand qu'on bénit l'hécatombe. L'espoir en sort si haut qu'il passe les regrets Et que le même jour voit surgir de leur tombe L'ombre des lauriers verts et l'ombre des cyprès.
O braves ! dont je viens saluer la mémoire,
Vous que Hoche ou Desaix eût pris pour compagnons.
Fiers vaincus qui tentiez d'effrayer la victoire,
Que n'ai-je un nom qui puisse éterniser vos noms!
Ces noms obscurs si beaux par l'obscurité même ! Nul d'entre ces martyrs ne s'est cru glorieux;
PRO PATRIA 265
Mais sacrés par leur sang qui leur fut un baptême, Ces ignorés d'hier sont déjà des aïeux.
Martin, Cardon, et toi, simple et noble victime, — Dont le cadavre même eût dû porter la croix, — Debergue au cœur vaillant, Debergue au cri sublime» Soyez tous trois bénis, vous êtes grands tous trois.
Toi surtout, vieux Français entêté de ta France, Tenace défenseur de nos champs envahis, Gloire à toi, grand vieillard si jeune d*espérance 1 Gloire à vous, braves gens, honneur de mon pays I
Âh! ces vieux plébéiens à l'ardente nature, Propre sève de l'arbre, invisible au passant. Par qui Tarbre grandit, par qui la forêt dure. Ce sont eux la vigueur de la France et son sang.
Ce sont eux dont les mains construisent, plantent, sèment, Eux les forts artisans, eux les vrais travailleurs; Ils aiment leur vieux sol sans bien savoir qu*ils l'aiment, Patriotisme inné, bon entre les meilleurs.
Ils se disent parfois que les peuples sont frères. Qu'il n'est pas de patrie et qu'on en peut changer. Et puis vienne le jour de nos destins contraires, Les revoilà Fran^çais, repoussant l'étranger.
Voilà leur sang qui bout et leur instinct qui cric ; Ces éternels Gaulois retroussent leurs sarraux,
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Ils s'élancent, chantant l'hymne de la Patrie, Et c'étaient des ingrats, et ce sont des héros.
Je le dis, et non pas en Français qui se vante, Mais en homme témoin de nos efforts constants. Jamais peuple n'eut tant de raisons d'épouvante. Jamais peuple ne fut si brave si longtemps.
C'est l'immortel honneur de notre chère France, Surprise désarmée, et s'armant tout à coup, Qu'avec si peu d"espoir tant de persévérance I Partout tant de périls, tant de luttes partout!
Que puisse notre deuil enorgueillir vos ombres, O défenseurs par qui la gloire a survécu t Vous dont le souvenir, rayon de ces jours sombres. Éclaire et guidera votre Pays vaincu.
Je ne jette pas là d'insulte inopportune Aux meurtriers des morts, aux geôliers des vivants. Mais si la Prusse en fête exalte sa fortune.
Notre France au travail doit bénir ses enfants.