‹ Chants du soldatChapitre 15 sur 19 · L'ÉBAUCHE · texte numérisé non relu

L'ÉBAUCHE

Ah! maître! qu'elle était terrible cette ébauche! Et je souffrais. Pourtant ce que je voyais là, C'étaient les Francs de Gaule et les Huns d'Attila! Je voyais bien, luttant sous ta main créatrice, Cette horde en furie et ce peuple au supplice ; Je vcyais les efforts de ces fiers insensés Qui, sûrs de bien mourir, pensent que c'est assez-, Je voyais les forfaits dont le vainqueur se souille, Les blessés qu'il achève et les morts qu'il dépouille; Je voyais tout ce sang versé pour tout ce vol, La peste dans les airs et la faim sur la sol, La vengeance et le mai, la naine et la ruine, Tout ce que l'on comnrend, tout ce que l'on devine. Je l'ai vu, j'ai vu même, admirant ton effort, Ton attaque à la guerre et ta guerre à la moi-t ;

Mais je ne voyais pas, non, que le ciel m'écrase! Je n'ai pas vu, malgré l'éclair de ton extase, Que ce que tu peignais c'était, — rêve inouï! — Nous, les Français d'hier, eux, les Huns d'aujourd'hui.

CHANSON

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CHANSON

C'est depuis l'aube qu'on marche; Les hommes n'en peuvent plus ; Qu'elle est humble, leur démarche- Qu'ils sont tristes, les vaincus 1 La retraite est consommée.

C'en est fini des combats.

Pauvre France ! pauvre armée !

Dieu n'aime pas tes soldats!

Au premier bourg où l'on passe :

« Qu'ils sont pâles! » a-t-on dit; Et d'un accent qui les glace :

« C'est qu'ils ont eu peur, pardi ! » Alors un pauvre Mobile Triste et fier se reiourna, Et forçant sa voix débile :

« Il n'a pas peur, le soldat!

)) — Peur ou non, dit un brave homme,

» Entrez et buvez un coup,

» Vous ûtes Français, en somme...

» — Non, je suis Français surtout,

I) F,t c'est pourquoi je réclame...

» Dieu bon ! En sommes-nous là

» Si !e paysan le blâme,

1) Qui donc plaindra le soldat?

1) 11 a lutté, je vous jure, » Et, si vous doutez cncor, » Tenez! Est-ce une blessure?

i> Et quand j'en parle ai-jc tort ?

I) Et plus d'un sans en rien dire

CHANSON. 113

» Est frappé qu'on ne voit pas...

» Ah ! ce n'est pas bien de rire » Au passage des soldats!

» Nous fuyons ; la chose est triste.

» Mais comment faire à la fin ?

» Voilà trois jours qii'on résiste, » En voilà huit qu'on a faim.

» Avoir froid, on s'habitue, .» On so réchaufle, on se bat ; 1) Mais ne pas manger, ça tue.

» C'est un homme, le soldat?

» Impuissants à nous défendre, » Dans les bois qu'ils dévastaient )) Nous pouvions cncor nous rendre.

» Et les Prussiens y comptaient.

» Et nous n'avions qu'à les suivre, » Et le pain cuisait là-bas, I) Mais sans souliers et sans vivre Il Ils ont marché, les soldats.

» Le canon nous fit escorte

» Sans rompre nos rangs meurtris;

lia CHANTS DU SOLDAT.

» Il vente, il neige, qu'importe!

» La liberté vaut ce prix.

« Et dans ce coin de la France

» Où nous arrivons si las,

» On jette à notre souffrance :

» — Ils ont eu peur, ces soldats! »

I) — Ils ont eu faim, c'est moins drôle.'

» Pas vous, n'est-ce pas? Tant mieux'

Et, le fusil sur l'épauie,

Il s'éloigna sans adieux.

Mais déjà dans le village

Les vaincus marchaient au pas.

Entendant sur leur passage :

« Que Dieu garde nos soldats !

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