Pinglier » : suspendre le tabac par des ficelles
6. « Nailler » (Faucigny), « gromailler » (Albanais), casser les noix.
7. « Blayer » : teiller le chanvre. En Chablais, c'est « monder».
dans la nuit quelques rayons de lumière pâle, filtrant à travers les grandes portes «mal jointes : c’est la veillée. Si vous y étiez entré il y a quelque dix à vingt ans, vous auriez pu y voir encore le vieux crwësu à farë1 projetant ses douteuses lueurs sur l’assemblée joyeuse et active.
La conversation galante ne tient pas une grande place dans ces réunions; garçons et filles se comprennent mieux par mille naïves taquineries : déranger les aiguilles des tricoteuses, défaire la maille du bas, emmêler le fil, brouiller l'écheveau, détacher le tablier, feindre d’arracher et de prendre la bague; « ringuer 2 » même est un acte galant; se lancer des objets, des « croises3 4 » de noix par exemple, est aussi une marque d‘attention ; toutefois à Scionzier on donnait à cette démonstration une désignation péjorative : faire l’amour en « Bornandin 4 ».
Et tout cela s'accompagne de chansons où les amants sont heureux de trouver à propos et bien formulée l’expression de leurs propres sentiments, ou simplement une allusion discrète. La musique souvent fut favorable à l'amour ; Cléante, déguisé en musicien, dit sa passion à Angélique 5, et, dans 1 e Barbier de Séville , c'est à peu près de même que le Comte s'introduit dans la maison de sa maîtresse.
Enfin, les «. toupins » remplis de « môda 6 » ou de vin blanc circulent, et on trinque pour clore la veillée qui s’achève ordinairement assez tard sur un tour de danse. Cette coutume tend à disparaître avec les besoins nombreux auxquels elle a répondu tout d’abord 7 ; et bientôt, quand il n’en restera plus que le souvenir dans la mémoire des vieux, les amants, regrettant cet antique usage propice à la joie et à l’amour, rediront, mélancoliques, avec le poète aveugle de Mûres :
Ah ! ce n’est plus comme autrefois !
i . Crwësu à farë : lampe primitive à huile ( farë : mèche).