MON ENTERREMENT CIVIL
Air des Trois Couleurs.
Il faut mourir, c'est la règle commune.
Résignons-nous. C'est bien, ainsi soit-il !
Pensons alors et sans tristesse aucune,
A notre simple enterrement civil.
Je veux sortir de mon humble demeure
En citoyen qui vécut sensément.
O mes amis ! puisqu'il faut que je meure.
Ne pleurez pas (bis) à mon enterrement.
L'honnêteté fut toute ma noblesse,
Et l'amitié compose mon clergé ;
Le gros bon sens est une arme qui blesse
Dame Routine et le sieur Préjugé.
Libre penseur jusqu'à ma dernière heure.
Sans m'émouvoir je fais mon testament.
O mes amis! puisqu'il faut que je meure,
Ne pleurez pas (bisj à mon enterrement.
Un père aimé m'enseigna dès l'enfance A marcher droit dans le sentier du bien. Il me disait : « Aime avant tout la France. On est bon fils étant bon citoyen. »
La poule au pot pour le peuple est un leurre; Quand c'est un roi qui la promet, il ment ! O mes amis! puisqu'il faut que je meure. Ne pleurez pas à mon enterrement.
Bien le bopsoir, messieurs les gens d'église. Je pars sans vous pour un monde meilleur... Tout seul, bigots, j'ai bouclé ma valise, En fredonnant mon dernier vers railleur.
de Paul Avenel. 229
Je sais qu'en vain ma raillerie effleure Vos cerveaux creux, blindés d'aveuglement ! O mes amis ! puisqu'il faut que je meure, Ne pleurez pas à mon enterrement.
D'un vieux passé ne prenons pas l'ornière : De fleurs des champs entourez mon cercueil, Escortez-moi sans bruit et sans bannière : C'est dans le cœur que doit être le deuil. Et, si mon nom en votre esprit demeure, Ce souvenir sera mon monument.
O mes amis ! puisqu'il faut que je meure, Ne pleurez pas à mon enterrement.