‹ Chants et chansonsChapitre 142 sur 202 · VIVENT LES MORTS · texte numérisé non relu

VIVENT LES MORTS

Allons ! emplis ma coupe, elle est large et profonde. Enfant, remplis-la jusqu'aux bords;

J'y veux trouver l'oubli des ennuis de ce monde. Adieu, Vivants ! vivent les Morts !

Pour moi, depuis vingt ans, la vie est un mensonge

Fantasque, subtil et moqueur, Qui torture mon être. Et chaque nouveau songe

Arrache un débris de mon cœur.

de Pu ni Aven cl. 271

Sous le linceul épais qui recouvre mon âme,

Mon corps a le frisson fatal ; Je sens qu'en moi l'amour n'a plus rien pour sa flamme :

L'amour, c'est Dieu ; Uieu, c'est le mal.

Je n'eus jamais la foi pour lutter et pour croire.

Quand l'amour des sens est venu :

J'ai trouvé bon d'aimer des filles après boire,

Me faisant gloire d'un sein nu.

J'aimais de ces Vénus les caprices vivaces,

Irréfléchis, provocateurs, Qui vendaient pour suffire à leurs instincts voraces

Des baisers lascifs et menteurs.

Sans le moindre serment, on s'aimait pour une heure

Comme des fous passionnés ; Tous ces beaux sentiments d'amour n'étaient qu'un leurre,

Car ils mouraient aussitôt nés.

Adieu, Zoé la blonde ! adieu, Nina la brune !

Que j'adorais si follement !

Demain, les fossoyeurs de la fosse commune

Piétineront sur votre amant.

Emplis encor ma coupe, elle est large et profonde;

Enfant, remplis-la jusqu'aux bords ; J'y cherche le trépas sans regrets pour ce monde.

Adieu, Vivants ! vivent les Morts !

C liant S et Chansons

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