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En mon printemps j'étais légère et folle, Quand je fêtais les vignes du Seigneur, Et la gaîté me donnant la parole, A tous les toasts je faisais grand honneur. Il m'arrivait de me mettre en goguette En dégustant alors, chez Ramponneau, Le vin joyeux de son meilleur tonneau.
Ah ! que d'heureux j'ai faits à la guinguette ! Accueillez-moi, je suis de la maison ; Ouvrez la porte à la vieille chanson.
Dans la mansarde, en gentille grisette.
Pour un baiser j'ai donné mes seize ans; Et sous le nom modeste de Lisette J'ai de mon cœur suivi tous les élans. Ah ! je voyais l'adorable jeunesse S'ouvrir en moi comme la fleur au jour, Et j'échangeais l'amour contre l'amour Pour mieux sentir l'excès de ma tendresse. Accueillez-moi, je suis de la maison ; Ouvrez la porte à la vieille chanson.
J'ai vu Manon et le garde française Aux Porcherons boire au destin des rois; Puis j'ai chanté la Belle Bourbonnaise, Et jusqu'au trône on entendit ma voix.
Mais quand mon luth vibrait pour la satire, J'avais bien soin que mon couplet moqueur Contînt un trait à l'adresse du cœur.
Pour mieux toucher ceux que visait mon rire. Accueillez-moi, je suis de la maison; Ouvrez la porte à la vieille chanson.
Quatre-vingt-neuf me grandit à sn taille, Quand il fallut marchera l'ennemi.
Et je devins un clairon de bataille Pour célébrer Jemmapes et Valmy.
de Paul Avcneî. 311
La guerre alors, se changeant en furie, Fit que chacun, sans peur, risquait sa peau ; C'est en chantant la gloire du drapeau Que je compris l'amour de la Patrie !
Accueillez-moi, je suis de la maison ; Ouvrez la porte à la vieille chanson ' .
C'est au foyer et dans la vie intime
Qu'on apprécie encore mes vertus ;
Les bons vivants ont pour moi de l'estime :
Je leur rappelle un siècle qui n'est plus;
Et mes gaîtés à leurs dîners sont chères ;
En vieille amie auprès d'eux je renais,
Et sans orchestre au dessert j'apparais
Avec les airs que chantaient leurs grands- pères.
Accueillez-moi, je suis de la maison ;
Ouvrez la porte à la vieille chanson.