‹ Chants et chansonsChapitre 171 sur 202 · SOUVENIR DE · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE

Rois, empereurs, princes, hommes de guerre, Tout être enfin aux instincts batailleurs. Sont aujourd'hui ce qu'ils étaient naguère : Des malandrins, des fourbes, des voleurs. Sous eux la Guerre à travers tout chemine Brisant du pied les tables de la loi ; Dans ses hauts faits où la brute domine, La Force dit 1 Moi, je prime le droit.

Le droit pourtant est la sainte auréole

Dont la Justice entoure ses arrêts.

Et condamnant celui qui le viole

Brave des rois les criminels décrets.

La Force alors, ô sombre tragédie !

Tue en passant vieillards, femmes, enfants,

Et dans la nuit allume l'incendie

Pour couronner ses exploits triomphants.

Vous qui n'aimez que la belle nature, L'art, le travail, la science, l'amour ; Vous qui croyez du fond d'une âme pure Au lendemain suave d'un beau jour ; Prêtez l'oreille, écoutez, c'est la guerre. Entendez-la mugir à l'horizon !

Le canon tonne et fait trembler la terre, Le feu déjà dévore la moisson.

Adieu bonheur, adieu champêtre asile,

Berceau paré de verdure et de fleurs,

Oiî l'existence heureuse était facile,

Où les enfants avaient grandi sans pleurs.

Adieu coteaux chéris, riant village,

Eden aimé des humbles d'ici-bas ;

Les faibles n'ont qu'un impuissant courage.

Ils doivent fuir les dangers des combats.

Le père dit : « Jean embrasse Marie, Ce baiser-là te rendra bien plus fort.

Marchons, mon fils, pour sauver la patrie ; L'homme vaillant doit affronter la mort. » Marie et Jean dans un élan suprême Se sont étreints, ils se sont embrassés. « Reviens bientôt, lui dit-elle, je t'aime. » Il va mourir... ils étaient fiancés.

Ils sont tous là, les braves du village, Prêts au combat, comptant sur leur valeur Pour préserver leur foyer du pillage, Pour protéger le toit du travailleur.

L'ennemi campe en la forêt prochaine, Nos villageois vont à lui bravement.

Alors contre eux aussitôt il déchaîne La Mort qui tue au loin et lâchement.

de Paul Avenel. 323

Ils sont cinq cents et l'ennemi trois mille. Que leur importe? ils acceptent leur sort. Ils vont mourir, sacrifice inutile !

Le canon Krupp n'est-il pas le plus fort ? Le cœur épris d'un orgueil héroïque, Ils tombent tous dans un dernier espoir En s'écriant : Vive la République !

France, sois fière : ils ont fait leur devoir.

Après cinq mois de sang et de souffrance, Es-tu content, ô chancelier de fer !

De détacher un lambeau de la France Qui fut jadis le berceau de Kléber ?

Es-tu content, prince vain et farouche, D'ensemencer de haine et de fureur Le sol français, où ton œil dur et louche Vit un fleuron pour ton vieil empereur.

Mais songe donc à César, Charlemagne, Napoléon ! Leurs soldats ont foulé, Victorieux, la terre d'Allemagne, Qu'en reste-t-il ? Rien. Tout s'est écroulé ! De ta conquête il en sera de même.

Le Rhin, un jour, entre nos deux pays, Arrosera ses bords fleuris qu'on aime, Et qui seront à deux peuples amis.

15 d('(renil)re 188G.

LES EMBETES A J. Dalou, statuaire

Air : 8uzon sortant de son village (Dalayrac).

Noble, bourgeois ou prolétaire Peut vivre avec sécurité, A l'abri d'un bon ministère Fort de sa popularité.

La République, Tout nous l'indique.

Est un régime applicable chez nous ; En lui la France A confiance Et peut le rendre admissible pour tous. Les Prétendants veulent qu'on mette ^, En l'honneur de leur majesté, La République de côté :

Son règne les embête. {Bis.)

Le monde des cours envisage Les lois de la Convention (Cette œuvre si grande et si sage !) Comme une mauvaise action :

Oiî la justice.

En protectrice, Traite chacun sur pied d'égalité ;

Où l'on peut naître

Sans Dieu ni maître, Les Droits de l'homme ont fait la liberté.

1. Il y avait alors trois prétendants au trône : le comte de Paris, Napoléon Bonai)arte et Victor Bonaparte, fils du précédent. — M. Thiers dit un jour, en parlant du comte de Paris : « De loin, il a l'air d'un Allemand et de près d'un imbécile. »

de Paul Avcnel. 325

Le clan des royaux s'inquiète, Et s'efforce de revenir Au temps passé... pour en finir.

L'état présent l'embête.

Notre France est comme une épée De fin métal et de grand prix, Qui dans les larmes s'est trempée En mil huit cent soixante-dix ; Quoique meurtrie, Elle est guérie, Et l'œil au guet, à son rang est debout ; Tranquille et fière, Son âme altière N'a peur de rien, car elle est prête à tout. Elle dit, dans sa foi stoïque :

« Je préfère à la royauté.

Princes, la sainte Liberté, Avec la République. »

La France encore a dans les veines Assez de sang franc et gaulois.

Pour braver les profondes haines Que recèle le cœur des rois.

Par la menace Ou par l'audace On n'obtient rien d'un peuple valeureux; Et notre France A l'espérance De racheter un passé malheureux.

Aussi Bismarck rage et tempête En voyant chez nous constamment Perfectionner l'armement :

Voilà ce qui l'embête.

6 février 1887.

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