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DÉCRÈTE

Article premier. — Des funérailles nationales seront faites à M. Gambetta.

392 Notes

Art. 2. — Les frais en seront acquittés par le Trésor public.

Art. 3. — Le président du Conseil des ministres, le ministre de l'intérieur et des cultes et le ministre des finances sont chargés de l'exécution du présent décret.

Fait à Paris, le 3 janvier 1883.

Signé : JULES GRÉVY.

Par le Président de la République :

Le président du Conseil des ministres, E. DUCLERC.

Le ministre de l'intérieur et des cultes, A. Fallières.

Le ministre des finances, TiRARD.

La cérémonie funèbre fut grandiose ; elle eut lieu le 6 janvier 1883, à dix heures du matin. Le cortège partit du Palais- Bourbon, où la salle des fêtes avait été transformée en chambre mortuaire. La salle était entièrement tendue de draperies noires brodées d'argent. Au fond de la pièce était dressé un catafalque à colonnes noires et argent. Le cercueil était recouvert d'un drapeau tricolore entouré d'un crêpe. Il fut placé sur un char funèbre, décoré par MM. Alexandre Bastien-Lepage, architecte, Bastien-Lepage, le peintre, et Becker. Au-dessus était dressé un catafalque très bien compris, dont les angles étaient ornés de drapeaux et de palmes. Des draperies noires retombaient sur les roues. Six chevaux, conduits à la main, traînaient ce superbe corbillard. Quant aux couronnes et aux fleurs, il y en avait partout ; trois voitures qui précédaient le char en étaient chargées, sans compter celles qui étaient portées par les 600,000 citoyens qui suivaient le convoi. La France républicaine lui faisait ses adieux, en gardant de lui, au milieu de ses larmes, un immortel souvenir.

\J\VL\\ViVi\-à.\Xovi provisoire se fit au cimetière du Père-Lachaise, M. Gambetta père exigeant, de par son autorité paternelle, et avec une ténacité sans exemple, que le corps de son fils fût transporté à Nice, où lui résidait. On n'a jamais pu lui faire comprendre que la dépouille mortelle d'un si grand patriote appartenait à Paris, à la France. Le pauvre homme!...

Léon Gambetta repose donc à Nice, où il a été conduit par M. Eugène Spuller et quelques amis.

Notes. 393

Une commission s'est constituée pour élever par souscription un monument national, à Paris, à l'homme remarquable que l'histoire appellera « le grand Français ». Ce monument a été inauguré, place du Carrousel, à Paris, le 13 juillet i88H.

Note A F, page 308.

Quigniot fait le plus grand honneur à la classe ouvrière, composée de prolétaires. De son état, il était ouvrier tailleur. Sa modestie, son abnégation, son désintéressement, l'ont tenu jusqu'à la fin de sa vie dans son obscurité primitive. A l'affaire du 12 mai 1839, il fut arrêté avec ses amis, condamné et incarcéré au Mont-Saint-Michel. — Il avait eu pour défenseur M* Jules Grévy, qui fut plus tard président de la République. — Quigniot voulut toujours rester dans son humble position sociale, malgré ses amis puissants qui désiraient lui donner un emploi digne de son caractère. C'était un stoïcien qui, dans sa vieillesse, fut un sage. Il ne mettait rien au-dessus de son indépendance. Ayant le cœur honnête et l'âme haute, c'est ce qui en fît un grand patriote. Il mourut à Paris, le 29 avril 1886. Il avait prononcé un discours à l'érection de la statue de Barbes, à Carcassonne.

Note AG, page 309.

Un soir, dans une fête somptueuse donnée par M. le duc de Fernan Nuhez, dans ses salons, l'amiral Jaurès, ambassadeur de la République française à Madrid, fut obligé de se retirer devant la réception amicale que le maître de la maison faisait à Bazaine, ex-maréchal de France, condamné à mort pour avoir livré Metz à l'ennemi en 1870. — L'excuse de l'hidalgo près de l'ambassadeur fut qu'il n'avait pas pensé à faire rayer, pour ce jour-là, le nom de Bazaine sur la liste de ses invités, et qu'il était désolé de cet oubli. — A quelque temps de là, ce même Nunez était nommé représentant de la monarchie espagnole à Paris.

Quel joli monde !

Au mois d'avril 1887, Louis-Joachim Hillairaud, né à La Rochelle, où il demeurait, fit le voyage de Madrid pour tuer le traître Bazaine. Il croyait accomplir une mission patrie-

Notes.

tique. 11 blessa légèrement l'ex-condamné à mort à la tête d'un coup de poignard, chez lui, rue Monte-Esquinza, 23, près de la promenade Castellana, où il habitait un entre-sol très luxueusement meublé. La veille, il lui avait demandé audience.

Hillairaud fut arrêté dans la rue en se sauvant, au moment où il disait : J' ai vengé la France ! — On l'incarcéra et, six mois plus tard, le 3 novembre, il fut condamné à huit ans de travaux forcés, en lui appliquant la folie comme circonstance atténuante.

Celui qui a trahi la France en sera-t-il moins un misérable en suite de cette condamnation ? — « Bazaine, a dit quelque part Auguste Vacquerie, s'est évadé de la prison. Il ne s'évadera pas de la honte. » — Il est mort le 23 septembre 1888, à Madrid.

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