‹ Chants et chansonsChapitre 39 sur 202 · LE RETOUR DU DÉPORTÉ · texte numérisé non relu

LE RETOUR DU DÉPORTÉ

Ma femme me donna deux enfants frais et roses, Ils naquirent jumeaux dans la saison des roses. Pendant un vert printemps inondé de soleil. Le sorcier leur prédit un bonheur sans pareil! Charles et Frédéric ressemblaient à des anges Qu'une divine main aurait mis dans les langes. Chacun les admirait!... Dire que ces enfants Ont jeté de la boue à mes quatre-vingts ans !

A leur instruction fut toute ma pensée;

Et, quand il en fut temps, je les mis au lycée.

Le latin leur déplut presque autant que le grec :

Frédéric fut un cancre et Charles un fruit sec.

Quand ils eurent vingt ans, je ne sus plus qu'en faire :

L'un devint bureaucrate et l'autre militaire. —

Sans science et sans cœur on se donne au hasard,

On accroche sa vie au manteau de César !

Ils avaient du physique : ils menèrent la vie :

Le matin chez Shylock, le soir chez Octavie.

Le Jockey-Club conduit dans un certain palais ^

Ils augmentèrent, là, le nombre des valets. —

On se fait donc à tout ? — Ah ! quand on n'a plus d'âme

On ne sait pas rougir en devenant infâme ! —

Des dieux de Bonaparte ils servirent l'autel :

L'un fut nommé préfet et l'autre colonel.

Ils apprirent le crime au métier d'antichambre. Ils étaient prêts à tout quand vint le Deux-Décembre. — Les honneurs et notre or payaient leur dévouement. Des bandits n'auraient pas agi plus lâchement !

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